Le dimanche 4 octobre 2026, à 8 h 23 heure de Washington (14 h 23 à Paris), Donald Trump a annoncé sur Truth Social la création de la « Super Intelligence Force » (SIF). Quatre responsables de son administration sont chargés de coordonner l'action fédérale sur l'intelligence artificielle, que l'exécutif doit désormais appeler « Super Intelligence » (SI) depuis un décret du 29 septembre. Ils rendront compte au président et à sa cheffe de cabinet, Susie Wiles. Au lundi 5 octobre à 16 h (heure de Paris), aucun décret, mémorandum ni fiche de synthèse consacré à la SIF ne figurait sur le site de la Maison-Blanche.
Un message présidentiel, quatre responsables
Le texte, conservé par l'archive Trump's Truth (message original), présente la SIF comme la suite de l'accord signé à la Maison-Blanche le 29 septembre par six dirigeants du secteur. La SIF est chargée de « coordonner l'effort du gouvernement fédéral pour que l'Amérique continue de mener le monde en Super Intelligence ». Elle doit aussi « coordonner l'engagement du gouvernement fédéral auprès des consommateurs, des groupes d'intérêt public, des organisations religieuses, des opérateurs d'infrastructures critiques et des entreprises de Super Intelligence » (nous traduisons).
Les quatre noms cités sont ceux de Jay Clayton, directeur du renseignement national, d'Andrew Ferguson, président de la Federal Trade Commission (FTC), d'Emil Michael, sous-secrétaire à la Guerre chargé de la recherche et de l'ingénierie et directeur de la technologie du Pentagone, et de Scott Kupor, directeur de l'Office of Personnel Management, l'agence qui gère la fonction publique fédérale. Ces fonctions correspondent à celles qu'affichent les sites de l'ODNI, de la FTC, du département de la Guerre et de l'OPM. Ancien président de la SEC, Jay Clayton a prêté serment comme directeur du renseignement national le 3 août 2026.
Une charte rapportée par le Wall Street Journal, aucun acte publié
Le message ne dit rien de la base juridique de la SIF, de son budget, de ses effectifs, de son calendrier ni de ses pouvoirs à l'égard des entreprises. Les précisions viennent du Wall Street Journal, repris par TechCrunch et SiliconANGLE. Selon le quotidien, Jay Clayton présidera la SIF et les trois autres en seront vice-présidents. Le vice-président JD Vance, Pete Hegseth, à la tête du Pentagone, et le secrétaire au Trésor Scott Bessent y siégeront aussi. Toujours selon le Journal, la SIF dispose de 120 jours pour rendre un rapport sur les risques et les opportunités de la technologie. D'après SiliconANGLE, ce rapport portera aussi sur la façon dont l'administration traite la divulgation des incidents de sécurité. Le Journal cite enfin une charte qui charge le groupe d'« élaborer des plans pour répondre aux menaces rendues possibles par la SI contre notre société, tout en évitant la surréglementation et la capture réglementaire qui étoufferaient l'innovation et la concurrence » (nous traduisons). Cette charte n'a pas été rendue publique, et le point de départ des 120 jours n'est pas connu.
Lundi 5 octobre à 16 h, la dernière entrée de la page des actes présidentiels restait une proclamation du 2 octobre sur la journée nationale de l'industrie manufacturière. Le 29 septembre, après la signature de l'accord, Donald Trump avait dit aux journalistes qu'il nommerait un responsable de l'IA sous trois ou quatre jours, rapporte CBS News. L'annonce est arrivée cinq jours plus tard, sous la forme d'un message.
Le renseignement en tête, la FTC, seul régulateur
Le premier nom de la liste est celui du chef du renseignement américain. Dans un entretien au Wall Street Journal publié le samedi 3 octobre, Jay Clayton a déclaré que « le risque de ne pas être le premier est élevé », selon ABC News. Il a aussi évoqué des « mécanismes développés dans le dialogue, comme dans d'autres industries », en citant les modèles de risque bâtis pour la finance avec la Réserve fédérale et la SEC, et indiqué au journal que la SIF examinerait le droit existant et discuterait des actions possibles du Congrès. Parmi les quatre responsables nommés par le message, la FTC est le seul régulateur. Ni le département du Commerce, dont relève le NIST, ni le bureau de la politique scientifique de la Maison-Blanche (OSTP) de Michael Kratsios n'y sont cités.
La FTC mène par ailleurs une enquête sur le secteur. Le 30 septembre, un haut responsable de l'agence a confirmé à Reuters cette enquête visant Anthropic, OpenAI et d'autres laboratoires : la FTC prévoit d'adresser des demandes formelles d'informations et d'exiger le témoignage de dirigeants, y compris de l'organisme d'évaluation METR. Quatre jours plus tard, le président de cette même FTC entre dans la structure qui coordonne les relations du gouvernement avec ces entreprises. Andrew Ferguson a par ailleurs estimé, toujours selon Reuters, que les États-Unis devraient s'appuyer sur les lois existantes avant d'en voter de nouvelles.
À Kyoto le même jour, dix-sept pays sans la France
Le 4 octobre également, la Maison-Blanche a annoncé que les États-Unis et seize autres pays avaient endossé la « Kyoto Vision for a Golden Age of Science », au forum Science and Technology in Society. Portée par Michael Kratsios, absent du message présidentiel, la déclaration engage les ministres à élargir l'accès des chercheurs aux outils de SI, aux données scientifiques, au calcul et aux équipements expérimentaux. Le communiqué n'avance aucun montant. Six États membres de l'Union européenne la signent (Allemagne, Bulgarie, Chypre, Grèce, Italie, Pologne), ainsi que le Royaume-Uni. La France n'apparaît pas dans la liste, et aucune réaction du gouvernement français ni de la Commission européenne n'avait été trouvée le 5 octobre.
Ce que la SIF change pour une entreprise européenne cliente
Aucun texte publié n'attache à la SIF de droit ou d'obligation pour les entreprises qui utilisent des modèles américains. En Europe, l'interlocuteur des fournisseurs de modèles à usage général présentant un risque systémique reste le Bureau de l'IA de la Commission : l'article 55 du règlement européen sur l'IA leur impose de lui signaler sans retard injustifié les incidents graves, ainsi qu'aux autorités nationales compétentes le cas échéant.
Le 29 septembre, un accord d'autocontrôle sans sanction entre la Maison-Blanche et six entreprises ; le 4 octobre, une structure de coordination dont la charte n'est pas publique. Hormis un décret qui change le vocabulaire de l'administration, la politique américaine de l'IA de pointe se fixe pour l'instant par messages présidentiels et déclarations, sans instrument publié qui en arrête le périmètre. Une direction juridique ou achats peut suivre trois points : la publication d'un acte fondateur ou de la charte, les premières réunions de la SIF avec les entreprises et les associations citées, et le rapport à 120 jours, s'il est rendu public.
La seule date fixée par un texte publié reste celle du décret 14434. Soixante jours comptés à partir de sa signature, le 29 septembre, mènent au 28 novembre 2026 : le conseiller du président pour la science et la technologie doit alors avoir soumis une proposition de définition législative de « Super Intelligence ».
