Une organisation qui achète Claude, en direct ou via AWS, Google Cloud ou Microsoft Foundry, dépend d'une entreprise qui n'obtient pas tout le calcul qu'elle demande. Selon le projet de prospectus d'Anthropic rapporté par le Wall Street Journal, ces trois clouds lui ont fourni moins de capacité qu'elle n'en demandait. Les conditions commerciales de l'accès direct à Claude prévoient le cas où un fournisseur cesse de lui procurer des services nécessaires. Anthropic peut alors suspendre tout ou partie de l'accès. Elle n'en doit pas réparation au client. Le document rapporté ne décrit aucune rupture de ce type, seulement une capacité inférieure à la demande.

Le prospectus n'est pas public. Le WSJ en a rapporté le contenu le 20 octobre 2026, Reuters avait décrit une version antérieure fin septembre, et le texte peut encore changer avant son dépôt public. Les chiffres du WSJ sont repris de façon concordante par la dépêche de Reuters du 20 octobre, par TechCrunch, Investing.com et investingLive. Anthropic a refusé de commenter, selon investingLive, et n'a pas répondu le même jour aux demandes de Reuters et de TechCrunch.

AWS, Google et Microsoft, fournisseurs et concurrents

TechCrunch, qui reprend le WSJ, écrit qu'AWS, Google et Microsoft voient désormais Anthropic davantage comme un concurrent que comme un client. Dans la version lue par Reuters, chacun était à la fois investisseur, client, fournisseur, distributeur et concurrent d'Anthropic. Leurs intérêts pouvaient ne pas être entièrement alignés sur les siens.

L'essentiel des engagements leur revient pourtant. Selon le WSJ, les contrats cloud représentent environ 450 milliards de dollars sur sept à dix ans, pour l'essentiel non résiliables, dont 111 milliards avec Google Cloud, 110 milliards avec AWS et 31 milliards avec Microsoft. Avec plus de 160 milliards de location de puces Google via Broadcom, les engagements d'infrastructure dépassent 600 milliards. Des accords en négociation pourraient ajouter 150 milliards. Ce total proche de 750 milliards était rapporté dès fin septembre par Reuters et le Financial Times.

Anthropic se tourne aussi vers des centres de données tiers. Le document juge leur historique d'exploitation limité, selon TechCrunch. Le WSJ chiffre à 86 milliards de dollars au plus ses engagements de capacités de puces Nvidia auprès de Nscale et Lambda. Nscale indiquait dans son propre prospectus, déposé le 18 septembre, que ses quatre accords avec Anthropic, 44,6 milliards de dollars au plus, n'avaient encore aucun financement ferme.

Ce que le contrat prévoit si le service est coupé

Les conditions commerciales de l'accès direct à Claude sont en vigueur depuis le 17 juin 2025. Les contrats négociés et les achats via AWS, Google Cloud ou Microsoft Foundry relèvent d'autres conditions. La section I.3 énumère les autres cas de suspension : attaque contre le service, infraction du client aux règles d'usage, interdiction légale, hausse importante du coût de fourniture. Anthropic s'engage à des « efforts raisonnables » pour prévenir le client et rétablir l'accès « dès que raisonnablement possible », une fois la cause levée, quand elle peut l'être (traduit de l'anglais). Elle exclut toute responsabilité pour les dommages et les pertes de données ou de profits causés par une suspension.

Le service est fourni « en l'état ». Le texte exclut expressément toute garantie d'un usage ininterrompu et ne contient aucun engagement de disponibilité. La responsabilité d'Anthropic est plafonnée aux sommes versées sur les douze mois précédents.

Une interdiction légale a déjà coupé des modèles. Le 12 juin, trois jours après leur mise à disposition, une directive américaine de contrôle à l'export a conduit Anthropic à suspendre Fable 5 et Mythos 5 pour tous ses clients. Après la levée du 30 juin, Fable 5 est revenu le 1er juillet sur les plateformes d'Anthropic. Sur AWS, Google Cloud et Microsoft Foundry, son annonce du 30 juin promettait seulement une réactivation « aussi vite que possible », sans date. Mythos 5 n'était rétabli que pour des organisations américaines.

Coût du calcul et concentration des ventes

Selon le WSJ, Anthropic a réalisé 16,3 milliards de dollars de chiffre d'affaires au premier semestre 2026, contre 1,1 milliard un an plus tôt. Elle a dépensé près de 9 milliards en calcul et en infrastructure sur ces six mois, plus que les 7,3 milliards de toute l'année 2025. Les ventes dépassent désormais ces dépenses. Selon le calcul d'ActuIA, ce poste représentait environ 160 % du chiffre d'affaires en 2025, soit 7,33 milliards pour 4,6 milliards de ventes dans la version lue par Reuters. Au premier semestre 2025, il valait environ le double des ventes : 2,3 milliards pour 1,1 milliard, selon la dépêche de Reuters du 20 octobre. Au premier semestre 2026, il en représente un peu plus de la moitié.

Ces dépenses reposent sur des engagements largement fermes. Dans la version lue par Reuters, environ 80 % des engagements d'infrastructure, d'au moins 518 milliards de dollars sur dix ans, étaient non résiliables ou dus quel que soit l'usage. La perte nette du semestre atteint 80,7 milliards de dollars. Environ 72 milliards correspondent à des ajustements comptables sans décaissement, liés à la valeur d'obligations convertibles et d'autres instruments de financement, selon le WSJ et Reuters. Le 14 octobre, Anthropic a annoncé à de futurs investisseurs 16,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires au troisième trimestre, selon Reuters, un chiffre non audité.

Deux clients non nommés ont représenté environ un cinquième du chiffre d'affaires du semestre, selon le WSJ. Anthropic s'attend à ce qu'une base limitée de clients continue de peser lourd. Dans la version lue par Reuters, deux clients pesaient près d'un quart du chiffre d'affaires de 2025. Nombre des plus grands clients n'avaient pas de contrat de long terme et pouvaient réduire ou cesser leurs dépenses.

Une responsabilité qui pourrait dépasser l'assurance

Selon le WSJ, le prospectus avertit qu'Anthropic pourrait devoir répondre de comportements nuisibles de ses modèles pour des montants supérieurs à sa couverture d'assurance. Il évoque aussi le risque d'un incident catastrophique. La version lue par Reuters parlait de risques « catastrophiques ou existentiels pour l'humanité ».

Ce risque porte sur la responsabilité d'Anthropic. L'indemnisation que son contrat standard offre au client se limite aux atteintes à la propriété intellectuelle. Le client reste responsable de toute activité menée sous son compte. OpenAI et Google Cloud centrent aussi leur indemnisation sur la propriété intellectuelle, selon la comparaison des contrats publiée par ActuIA le 5 octobre. Des réassureurs s'attendent à des exclusions de l'IA générative et agentique en responsabilité civile générale aux renouvellements de janvier 2027, selon Willis cité par Insurance Business.

Le 16 octobre, Politico a rapporté qu'Anthropic soumettait à des élus du Congrès un projet de loi sur la sûreté des modèles. Il réserverait le blocage d'un modèle aux risques imminents de plus de 50 morts ou blessés graves, ou de plus d'un milliard de dollars de dommages. Les incidents d'agents de l'été en restaient loin, relevait le même média.

Selon le WSJ, Anthropic vise une introduction en novembre. Les procédures de la SEC pour l'examen confidentiel prévoient un dépôt public du prospectus au moins quinze jours avant la tournée auprès des investisseurs, accompagné des versions soumises auparavant. Ses facteurs de risque seront alors lisibles tels que déposés.

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