Nouvelle fonctionnalité

Dots : un bon coup produit, pas une rupture technique

Présentés le 29 septembre au DevDay, les dots promettent un agent ChatGPT qui continue de travailler quand on a fermé l'onglet. Le produit séduit, mais il assemble surtout des capacités qu'OpenAI proposait déjà : c'est avant tout un bon coup produit. Sa vraie nouveauté est ailleurs : OpenAI donne désormais un visage à ses agents et ouvre la voie à une facturation à l'assistant, où le prix d'un agent se compare à un salaire plus qu'au coût du calcul.

STStephane Nachez · ·11 min
Collage de papier montrant un assistant numérique à visage souriant, des fenêtres de travail et une horloge, avec des accents bleus.
Illustration générée par IA / ActuIA
Sommaire

Les dots sont des agents « toujours actifs », selon la formule d'OpenAI (« always-on »). Chacun fonctionne sur GPT-6 Astra, dispose de son propre ordinateur dans le cloud, peut accéder à plus de 4 000 applications via les plugins de ChatGPT autorisés par l’utilisateur et est joignable depuis ChatGPT, Slack, Microsoft Teams ou par la voix (documentation OpenAI, annonce OpenAI). Le premier dot est inclus dans les sièges Business Premium et dans les formules Pro, à partir de 100 dollars par mois (OpenAI). L’accès aux dots via les formules Pro reste toutefois indisponible dans l’Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni (OpenAI).

Au premier essai de Casey Newton, le gain est tangible. Il estime que son dot a abattu en un après-midi environ deux heures de travail pour un quart d'heure d'effort, répondant notamment à toutes les questions sauf deux d'un questionnaire de son courtier en assurances, à partir d'un bail et de sites municipaux (Platformer).

Peu de nouveautés sous le capot

ChatGPT agent travaillait dès juillet 2025 sur son propre ordinateur virtuel (OpenAI). Les tâches programmées datent de janvier 2025 (OpenAI), et Pulse faisait dès septembre 2025 de la recherche proactive à partir des conversations, des retours de l'utilisateur et d'applications connectées comme l'agenda (OpenAI). En avril 2026, les workspace agents ont apporté aux formules Business, Enterprise, Edu et Teachers des agents persistants dans le cloud, lancés selon un horaire programmé ou sollicités dans Slack (OpenAI). Même GPT-6 Astra, la brique la plus récente, est déjà disponible ailleurs dans ChatGPT comme sur l'API.

L'Agents API, ouverte le 10 septembre, montre par contraste ce qu'achète l'abonné. Elle fournit aux développeurs une infrastructure, le harnais de Codex hébergé par OpenAI (OpenAI) : on y définit la tâche, les outils et l'environnement, puis on paie les jetons et les outils consommés (OpenAI). Les dots sont un produit fini : ils mobilisent les plugins de ChatGPT, leur navigateur et, si on l’autorise, l’ordinateur local. Ils peuvent alors utiliser des skills locaux, ces ensembles d’instructions qui guident une tâche. Leur travail est inclus dans une enveloppe liée à l’abonnement (OpenAI). Pour DataCamp, ils ne remplacent rien chez qui construit déjà des agents, mais prennent en charge, clé en main, les tâches que personne n'avait pris le temps d'automatiser (DataCamp).

Ce que les dots ajoutent relève de l'intégration : une identité persistante d'un canal à l'autre, des règles d'autonomie réglables action par action, de l’action autonome à la main rendue à l’utilisateur, dans les limites des garde-fous intégrés, un contrôle automatique des actions sensibles et un accès optionnel à l'ordinateur local (OpenAI). L'assemblage et la mise en scène sont soignés : là où les fonctions précédentes restaient des modes à activer, les dots en font un interlocuteur.

OpenAI donne un visage à ses agents

Cette mise en scène marque un vrai changement d'approche. En mai 2023, en marge de son audition au Sénat américain, Sam Altman expliquait aux journalistes qu'il fallait parler de l'IA comme d'un outil et non d'une créature, tant la tentation de l'anthropomorphiser était forte (Fox News). En 2024, la fiche système de GPT-4o rangeait l'anthropomorphisme et la dépendance émotionnelle parmi les risques à surveiller (OpenAI). En juin 2025, Joanne Jang, alors responsable du comportement des modèles, expliquait qu'OpenAI se gardait de suggérer une vie intérieure à ChatGPT, tout en cherchant un ton chaleureux (Joanne Jang). La ligne n'a jamais été parfaitement droite : la voix Sky a été retirée en 2024 après les critiques sur sa ressemblance avec celle de Scarlett Johansson (TechCrunch), et en octobre 2025, Sam Altman annonçait que ChatGPT pourrait répondre de façon très humaine, voire se comporter en ami, pour les utilisateurs qui le souhaitent (AOL).

Les dots franchissent une étape de plus : l’humanisation est désormais inscrite dans le produit, au-delà du seul ton des réponses. Chaque dot reçoit un nom, un avatar et un identifiant du type @prenom-dot (OpenAI). Sam Altman les a décrits comme une aide inspirée des films de notre enfance, à qui l'on délègue du travail ambitieux comme à un chef de cabinet (CBS News, propos traduits). Le parti pris divise : Casey Newton relève une esthétique un peu enfantine pour un produit qui demande l'accès à votre compte bancaire et à votre carte de crédit, et l'analyste Benedict Evans un message confus, mêlant « anthropomorphisme puéril » (traduction) et cas d'usage d'ingénieurs (Platformer).

Le risque ne suppose pas que l’utilisateur prenne le dot pour un humain. On peut savoir que l’on parle à une IA et lui accorder malgré tout une confiance mal calibrée, comme le pointait déjà la fiche système de GPT-4o ; on y revient plus bas. Côté usage, l'habillage installe un rythme familier : écrire à un collègue, avancer sur autre chose, revenir plus tard. Newton trouve d'ailleurs la conversation continue avec son dot plus naturelle que celle de Town, un service concurrent où chaque requête ouvre un nouveau fil (Platformer).

L'asynchrone, une affaire de calcul autant que d'expérience

Ce rythme répond aussi à une contrainte que Sam Altman ne cache pas : les dots démarrent comme un produit premium parce qu'ils consomment beaucoup de calcul, une version grand public devant suivre un jour (Yellow, propos traduits). La documentation précise qu'un dot décide lui-même quand se mettre en pause et quand reprendre son travail (OpenAI). Les conversations avec lui ne sont pas décomptées des limites d'usage de ChatGPT ; le travail approfondi puise dans une enveloppe incluse dans l'abonnement, élargie le premier mois et dont les conditions ultérieures ne sont pas publiées ; les tâches qu’il lance dans Codex ou ChatGPT Work sont décomptées normalement (OpenAI).

Au 2 octobre, la documentation publique consultée ne détaille pas l’ordonnancement de ces tâches, et l’idée d’un lissage de la charge reste une hypothèse. Plusieurs éléments la rendent plausible. Les dots tournent sur GPT-6 Astra, facturé 10 dollars le million de jetons en entrée et 50 dollars en sortie sur l’API, au tarif standard hors cache et longs contextes (OpenAI), alors que l'entreprise reconnaît manquer de calcul : Sarah Friar, sa directrice financière, disait au printemps renoncer à certaines opportunités faute de puissance (Business Insider). Ces tarifs API ne donnent pas le coût interne des dots. Les pics d’usage interactif, où chaque réponse est attendue en quelques secondes, pèsent néanmoins sur le dimensionnement des capacités. Anthropic en a fait l'expérience en mars : après avoir annoncé deux semaines de doublement des limites de Claude hors heures de pointe (Engadget), il a fait consommer plus vite les quotas de session en semaine aux heures chargées (TechRadar). Un travail différable se loge dans les creux ; OpenAI facture d’ailleurs déjà moitié moins cher les traitements de son API Batch, avec une fenêtre d’exécution de 24 heures (OpenAI). Cette offre illustre la valeur du différé ; elle ne prouve pas que les dots utilisent le même mécanisme.

Il ne s'agit pas forcément de consommer moins : un agent qui travaille en continu consomme sans doute davantage, les charges agentiques réclamant plus de calcul (Broadband Breakfast). Le gain porterait sur la forme de la courbe plutôt que sur le volume. On peut aussi y voir un effet de la persona : on relance un chatbot dix fois dans l'heure, on laisse un collègue travailler.

L’hypothèse dessine un pari produit : les dots vendent aussi de la patience. La vitesse, elle, deviendra une option : OpenAI annonce qu'on pourra augmenter la vitesse de chaque dot ou son volume de travail mensuel (OpenAI), à des prix non communiqués (SiliconANGLE). La formule Pro 500, à 500 dollars par mois, inclut déjà le mode Astra Ultrafast (OpenAI).

Ce que l'on gagne en convivialité, on le cède en traçabilité

L'outil n'est pas opaque pour autant. Le profil du dot liste ses tâches en cours, programmées et terminées, on peut ouvrir son ordinateur cloud pour le regarder travailler, et une tâche explicitement programmée se consulte et se modifie (OpenAI). Le dot sait aussi réagir à un événement : chez OpenAI, un bug signalé sur Slack déclenche aussitôt son enquête (SiliconANGLE). Ce qui reste difficile à vérifier, c’est la vigilance implicite : lorsqu'on ne le sollicite pas, le dot explore les applications connectées en lecture seule, sans fréquence ni délai garantis dans la documentation consultée (OpenAI), là où Pulse livrait chaque matin une nouvelle série de mises à jour (OpenAI). Rien n'indique si un message important sera signalé dans dix minutes ou le lendemain.

C'est là que se joue le calibrage de la confiance. Face à un « assistant », on applique des tolérances humaines : une réponse qui tarde, un appel long à aboutir, une veille dont on ignore le rythme paraissent normaux, quand les mêmes délais passeraient pour des défauts dans un outil d'automatisation. Or l'avantage d'un logiciel tenait justement à sa régularité et à sa traçabilité. Un assistant humain s'engage sur des délais et rend des comptes ; une automatisation classique suit une règle explicite. Pour sa part proactive, le dot conserve une latitude d’assistant humain, sans engagement de délai publié dans la documentation consultée.

Pour retrouver une échéance vérifiable, mieux vaut convertir la vigilance attendue en tâche programmée, visible dans le profil du dot, même si son délai d'exécution n'est pas garanti non plus. Autre point d'attention pour les entreprises : vider les mémoires propres d'un dot impose de le supprimer, et déconnecter une application n'efface pas ce qu'il en a appris (OpenAI). Le lancement intervient enfin dans une semaine où OpenAI a renoncé à publier GPT-6.1 Astra, jugé insuffisant sur le respect du périmètre et des autorisations ; les dots fonctionnent sur la version précédente (CBS News).

Vers une facturation à l'assistant

Le second changement d'approche découle du premier. OpenAI prévoit l'ajout de dots supplémentaires (OpenAI), évoque à plus long terme des équipes de dots travaillant ensemble (OpenAI) et propose en pilotes aux entreprises des dots spécialisés, dotés de leurs propres identifiants, qu'elle travaille avec Microsoft à rendre administrables via Agent 365 (OpenAI). L’unité affichée glisse ainsi du jeton vers l'agent : pour AI Weekly, le siège payant devient un travailleur délégué plutôt qu'une licence de chat.

Ce glissement déplacerait le point de référence du prix, même si ce qu’OpenAI prévoit de proposer en plus pour un dot, vitesse et volume, reste du calcul. Facturé en jetons, un agent se compare aux autres services de calcul ; présenté comme un assistant, il peut se comparer à un salaire. L'idée n'est pas neuve chez OpenAI : selon The Information, l'entreprise envisageait dès mars 2025 des agents spécialisés facturés de 2 000 à 20 000 dollars par mois (The Decoder). Aucun tarif de ce type n'est annoncé pour les dots, mais la grille s'y prête : l'accès s'étage de la formule Pro 100 à Pro 500 (OpenAI). La persona n’est donc pas qu’un habillage : elle peut aussi rendre acceptable de payer un agent comme on rémunère un collaborateur.

En France, un accès par l'offre entreprise

L’accès aux dots via les formules Pro étant fermé à l’Espace économique européen, les entreprises françaises passent par les sièges Business Premium, lancés en août à 125 dollars par utilisateur et par mois, ou 100 dollars en facturation annuelle (OpenAI), ou par la bêta Enterprise, à activer par un administrateur. Ces montants correspondent aux tarifs en dollars ; les prix varient selon la région et la devise, et Business exige au moins deux sièges payants, avec possibilité de mélanger Standard et Premium (OpenAI). Le déploiement est progressif et peut prendre plusieurs jours selon les comptes (OpenAI).

OpenAI n'arrive pas la première : la vogue des agents permanents a été lancée par le projet open source OpenClaw, dont OpenAI a recruté le créateur, Peter Steinberger, en début d'année (The Decoder), Meta a sorti Muse début septembre et Google pousse Gemini Spark (CBS News). Pour l'analyste Adam Crisafulli, de Vital Knowledge, les dots visent nettement les professionnels plutôt que le grand public, ce qui devrait rassurer Meta, dont Muse s'adresse aux particuliers (CBS News, propos traduits). Meta propose d'ailleurs une formule gratuite de Muse (Meta), quand les dots sont réservés aux abonnés payants. Casey Newton y voit un gage de confiance : il préfère payer 100 dollars par mois qu'utiliser un agent financé par les transactions et les achats suggérés (Platformer). Les dots n'inventent pas l'agent permanent, ils le rendent désirable. Le progrès technique est modeste ; le changement de posture, lui, ne l'est pas.

ST
Stephane Nachez

Rédaction ActuIA — actualités, données et analyses sur l'intelligence artificielle pour les décideurs.

Acteurs cités
OPOpenAI
CHChatGPT
GPGPT-6 Astra
MIMicrosoft
SLSlack
ANAnthropic
SCScarlett Johansson
SÉSénat américain
L'Hebdo ActuIA

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