À Rennes, le contentieux administratif augmente et les dossiers s’accumulent. Le tribunal a enregistré 8 726 affaires en 2025, contre 7 643 en 2024. Dans son rapport public, le Conseil d’État alerte sur un facteur susceptible d’ajouter du travail aux juridictions : des outils d’IA qui facilitent la multiplication des requêtes et les rendent souvent inutilement longues.

Il faut distinguer les deux constats. Les bilans mesurent la hausse des affaires ; ils ne chiffrent pas la part imputable à l’IA. L’alerte porte sur la charge de traitement, avec une difficulté déjà documentée dans des décisions de justice : vérifier des références inventées et démêler des arguments répétés ou sans rapport avec le litige.

À Rennes, 9 300 dossiers en attente au mois de juin

Le 9 juin 2026, devant les maires d’Ille-et-Vilaine, le président du tribunal, Alain Poujade, a présenté un état de la charge de travail : 9 000 requêtes reçues sur douze mois, soit 2 500 de plus que deux ans auparavant, et 9 300 dossiers en instance. Parmi ces derniers, 15 % avaient été déposés depuis plus de deux ans. Ces chiffres décrivent la situation de juin, et non un nouveau relevé d’octobre.

Le délai moyen annoncé lors de cette intervention atteignait 17 mois hors référés et 10 mois en les incluant. Le bilan annuel 2025 affiche, lui, un délai de 9 mois et 18 jours, en amélioration de six jours par rapport à 2024. Les indicateurs portent sur des périodes et des périmètres différents : la moyenne annuelle ne suffit pas à décrire l’ancienneté des dossiers encore en attente.

La progression rennaise de 14 % en 2025 reste inférieure à la hausse nationale. Selon les chiffres clés de la juridiction administrative, les tribunaux administratifs ont enregistré 334 706 affaires, soit 20 % de plus qu’en 2024. Les causes du volume sont multiples. Dans son discours de juin, Alain Poujade rappelait notamment que le contentieux des étrangers représentait environ un tiers des entrées à Rennes.

Une inquiétude sur le volume et la qualité des écritures

Dans l’éditorial du rapport public 2025, Didier-Roland Tabuteau, vice-président du Conseil d’État, souligne à la fois l’aide que l’IA pourrait apporter et le risque d’une charge accrue. Produire un texte juridique apparent devient plus facile. Cela ne garantit ni la pertinence des arguments ni l’exactitude des décisions citées.

Le dépôt numérique est déjà installé dans les usages : 57 595 recours ont été enregistrés via Télérecours citoyens en 2025, tribunaux administratifs, cours administratives d’appel et Conseil d’État confondus. Ce chiffre ne renseigne pas sur la méthode de rédaction. Il montre en revanche qu’un canal de saisine largement accessible existe pour transmettre ces écritures.

Pour un greffe, un magistrat ou une administration chargée de défendre une décision, la longueur supplémentaire n’apporte de valeur que si elle aide à comprendre la demande. Les références doivent pouvoir être retrouvées et les faits reliés au dossier. Quand ces éléments manquent, un texte plus développé peut ajouter des vérifications sans rendre le litige plus clair.

À Grenoble, des ordonnances décrivent déjà le problème

Deux décisions de décembre 2025, reproduites par le cabinet Landot, donnent des exemples précis. Dans l’ordonnance du 3 décembre, n° 2509827, le tribunal administratif de Grenoble relève des formulations répétées et des « références jurisprudentielles fantaisistes » dans une requête relative à un dépôt sauvage. Il attribue vraisemblablement ces défauts à un outil d’IA générative.

Le rejet repose sur des motifs procéduraux et juridiques, dont l’absence de la décision contestée malgré une demande de régularisation, puis l’insuffisance des moyens présentés. L’usage de l’IA n’est pas, en lui-même, le motif du rejet.

Dans l’ordonnance du 9 décembre, n° 2512468, le requérant a laissé son échange avec le chatbot dans les écritures déposées. La juridiction administrative se déclare manifestement incompétente. Ces cas documentent des erreurs concrètes ; ils ne permettent pas d’en mesurer la fréquence à Rennes ou à l’échelle nationale.

Le tri procédural ne règle pas la question des moyens

L’article R. 222-1 du code de justice administrative permet, dans des cas précisément définis, de rejeter une requête par ordonnance sans audience. Les décisions grenobloises illustrent cet outil. Il accélère le traitement de certains dossiers, mais suppose encore d’identifier la demande, d’en vérifier la recevabilité et d’examiner les motifs applicables.

La juridiction administrative prépare aussi ses propres usages de l’IA. Le rapport public fait état d’une charte adoptée en décembre 2025 et de travaux portant notamment sur la recherche juridique et le traitement de séries contentieuses. Ces projets ne constituent pas une mesure des gains effectivement obtenus par les tribunaux aujourd’hui.

Pour les collectivités, hôpitaux et services de l’État qui répondent aux recours, l’enjeu reste de traiter des écritures juridiquement pertinentes. Pour les justiciables, il tient au délai dans lequel leur situation sera examinée. À Rennes, le relevé présenté en juin comptait déjà 15 % de dossiers en attente depuis plus de deux ans.

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