Le 24 septembre 2026, le procureur général du Texas Ken Paxton a annoncé l'ouverture d'une enquête sur les projets de centres de données de l'État qui n'ont pas répondu à l'enquête d'usage d'eau du Texas Water Development Board (TWDB). Son communiqué parle de « centaines » de projets et cite dix-huit comtés, de Harris à El Paso. Il ne nomme aucune entreprise et n'annonce aucune sanction.
C'est le dernier de quatre actes officiels pris par l'exécutif texan entre le 14 et le 24 septembre. ActuIA a signalé les trois derniers : « Texas : Ken Paxton enquête sur un centre de données d'IA à Taylor, sur un terrain cédé en 1999 pour un futur parc » le 17 septembre (communiqué du procureur général), « Le Texas suspend tous les permis environnementaux des centres de données jusqu'à la fin de l'audit d'ERCOT sur le réseau » le 21 septembre (communiqué du gouverneur), puis l'enquête sur l'usage de l'eau le 24. L'instrument mérite plus d'attention que la série : pour freiner des projets, l'exécutif texan s'est servi d'un formulaire administratif dont la date de retour était passée depuis près de sept mois.
Dix-huit communiqués de ralliement entre le 6 et le 18 août
L'été texan avait eu une tout autre allure. Le 10 juin, le gouverneur Greg Abbott adresse une directive au président de la Public Utility Commission of Texas (PUCT), Thomas Gleeson, et au directeur général de l'Electric Reliability Council of Texas (ERCOT), Pablo Vegas. Elle ordonne trois choses : que la PUCT agisse pour que le raccordement des centres de données fasse baisser la facture résidentielle, qu'elle leur fasse payer l'intégralité de leurs coûts d'infrastructure électrique, et que les deux institutions passent en revue leurs pouvoirs existants. Elle fixe deux échéances : un mémorandum conjoint au 17 juillet, une action de la PUCT sur les coûts de transport supportés par les abonnés résidentiels au 31 juillet. Le reste, le gouverneur s'engage à le demander au Parlement texan à la session suivante, en six points, dont la généralisation des technologies économes en eau comme le refroidissement en circuit fermé, l'abrogation des exonérations de taxe sur les ventes et l'obligation, pour les grands centres de données, de déclarer chaque année à la PUCT leur consommation d'électricité et d'eau.
La dernière promesse éclaire la suite : en juin, l'exécutif texan voulait créer par la loi une déclaration annuelle d'eau devant la PUCT ; en septembre, il a actionné celle qui existait déjà devant le TWDB. La même lettre rappelle que le Parlement a légiféré en 2025 avec Senate Bill 6, qui impose déjà des exigences aux gros consommateurs raccordés au réseau. « Il faut faire davantage pour protéger les Texans », écrit Abbott. Le débat n'est pas propre au Texas : côté fédéral, le texte qui devait imposer aux centres de données le coût de leur raccordement électrique reste freiné au Sénat.
Le 3 août, une seconde directive élargit le dispositif : la PUCT et ERCOT doivent auditer tous les centres de données engagés dans la procédure de raccordement, et aucun projet n'avance avant la fin de cet audit. Le communiqué livre le chiffre qui explique la nervosité de l'État : ERCOT instruit environ 474 gigawatts de demandes de raccordement, plus de cinq fois le pic historique de consommation du réseau texan, et environ 90 % de ces demandes émanent de centres de données. L'audit exige notamment le détail des aides publiques de chaque projet, de sa production électrique propre, de ses volumes d'eau et de leurs sources.
Entre le 6 et le 18 août 2026, le cabinet du gouverneur publie dix-huit communiqués annonçant des adhésions à ses « standards » : quarante-trois au total, quarante-deux sociétés ou projets et une fédération professionnelle, selon le décompte des titres publiés à son fil de presse. Un seul projet avait pris la porte : le 23 juillet, Abbott annonçait que Diode renonçait à son implantation près de Cedar Creek Lake, dans le comté de Henderson, faute de répondre aux attentes de l'État.
L'obligation activée en septembre est antérieure à la campagne
Le 14 septembre, le registre change. Abbott écrit à la présidente du TWDB, L'Oreal Stepney, et à son administrateur exécutif, Bryan McMath, pour qu'ils usent de leur pouvoir de contrainte. Sa lettre, publiée avec un communiqué, tient de la note juridique : les gros consommateurs d'eau, centres de données compris, « semblent avoir commis des violations civiles et pénales » en ne transmettant pas au TWDB les informations qu'exige le code de l'eau texan. Elle donne surtout la date que le communiqué du 24 septembre passe sous silence : pour l'année civile 2025, les réponses à l'enquête étaient dues le 1er mars 2026.
Le texte invoqué est l'article 16.012(m) du Texas Water Code, que le TWDB reproduit sur son site. L'administrateur exécutif « peut » conduire des enquêtes auprès des entités prélevant de l'eau souterraine ou de surface à usage municipal, industriel, de production d'électricité ou minier ; les destinataires, eux, « doivent compléter et retourner l'enquête ». L'obligation pèse donc sur le destinataire du formulaire. Le communiqué de Paxton, qui affirme que la loi texane requiert du TWDB qu'il conduise ces enquêtes, force légèrement le trait.
Le même alinéa prévoit trois conséquences au défaut de réponse. Le retardataire perd son éligibilité aux financements du TWDB. Il devient inéligible aux permis, avenants et renouvellements délivrés par la Texas Commission on Environmental Quality (TCEQ) au titre du chapitre 11 du code de l'eau, celui des droits d'eau. Et ne pas retourner l'enquête constitue une infraction de classe C, punie d'une amende de 500 dollars au maximum selon l'article 12.23 du code pénal texan. La lettre du 14 septembre n'en réclame que deux, le délit et l'inéligibilité aux permis, renvoi devant le procureur de comté ou de district compris : elle cite l'alinéa en remplaçant par des points de suspension le passage sur les financements de l'agence. Rapportée au coût d'un campus, l'amende est symbolique ; l'inéligibilité aux permis touche l'autorisation d'exploiter.
Le 21 septembre, la porte des permis se referme au-delà des droits d'eau
Quatre jours après l'enquête ouverte sur le projet de Taylor, le gouverneur ordonne à la TCEQ de suspendre « tous les permis demandés par des centres de données » jusqu'à l'achèvement de l'audit d'ERCOT. Sa lettre à la directrice exécutive Kelly Keel étend la consigne à l'ensemble de l'appareil d'État : aucune autre agence texane ne doit délivrer d'autorisation liée à un projet de centre de données tant que les informations demandées ne sont pas réunies. La restriction de l'article 16.012(m) ne visait que les droits d'eau du chapitre 11 ; la directive du 21 septembre ferme les autres fenêtres.
Le troisième front est foncier. Le 17 septembre, Paxton avait ouvert une enquête sur le projet de centre de données d'IA de Taylor, qui doit s'implanter sur un terrain cédé en 1999 pour dix dollars par la famille Bland, « détenu en fiducie pour un usage futur en parc », puis revendu 10 millions de dollars en avril 2025 à NCP Travis TPP Project LLC, entité du Delaware. L'enquête doit établir si la fiducie a été levée dans les formes prévues par la loi.
Aucun chiffre d'eau des centres de données n'est publié par l'État
Le dispositif a une limite. Le TWDB établit ses estimations de consommation à partir de six catégories, énumérées sur son portail : irrigation, élevage, municipal, industrie manufacturière, activités minières et production électrique thermique. Aucune ligne « centre de données ». Les dernières estimations publiées à l'échelle de l'État portent sur 2024. Personne, à ce stade, ne peut dire combien d'eau consomment les centres de données texans : c'est précisément ce que les directives d'août et de septembre cherchent à produire.
Les seules échéances datées sont administratives. Le TWDB doit rendre compte de ses actions au cabinet du gouverneur le 14 octobre, la TCEQ le 19. La durée du gel des permis n'est bornée que par l'achèvement de l'audit d'ERCOT, dont aucun des documents publiés par le gouverneur, le procureur général et le TWDB ne fixe la date. Au 27 septembre, le communiqué du 24 restait la dernière publication du procureur général sur ce dossier, en tête de son fil de presse.
Pour les opérateurs, la leçon texane est de méthode : l'État subordonne l'avancement des dossiers à la production d'informations que les projets ne fournissaient pas, en réactivant une obligation déclarative déjà inscrite dans son droit et une inéligibilité qui s'applique sans procès. Pour les collectivités européennes qui négocient l'accueil de campus, le précédent est là : un régime déclaratif ancien s'active en quelques semaines, là où un régime nouveau demande une session parlementaire. Le gouverneur s'y est engagé : l'abrogation des exonérations fiscales accordées aux centres de données figure dans sa lettre du 10 juin, et il l'a redite dans celle du 21 septembre.
