Le premier rapport international sur la sécurité de l'intelligence artificielle, dirigé par Yoshua Bengio et fruit de la collaboration de 96 experts internationaux, vient poser les bases d'une compréhension partagée des risques des systèmes d'IA avancés et de la manière dont ils peuvent être atténués. Inspiré par les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des Nations Unies, ce document, publié le 29 janvier dernier, contribuera à éclairer les discussions du Sommet pour l'action sur l'IA.
Lors du 1er sommet sur la sécurité de l’IA, 30 pays ont convenu d’établir une compréhension scientifique et factuelle commune des risques de l’IA de pointe grâce à l’élaboration d’un rapport international, indépendant et inclusif sur les risques et les capacités de l’IA de pointe.
Hôte de l'événement, le Royaume-Uni a chargé Yoshua Bengio de le superviser. Cet éminent expert en IA, lauréat du prestigieux prix Turing en 2018, professeur titulaire à l’Université de Montréal, est le fondateur et directeur scientifique de Mila, l'Institut québécois d’IA. Il a été l’un des signataires de la lettre demandant une pause dans le développement des grands modèles de fondation et a fait partie des militants pour un encadrement strict de l’IA en Europe, en amont de l’AI Act.
Le second sommet, qui s'est déroulé à Séoul, s'est appuyé sur une première version provisoire de ce rapport qui fournit désormais une synthèse complète de la littérature existante sur les risques et les capacités des modèles d’IA de pointe.
Il résume les preuves scientifiques sur 3 questions fondamentales :
- Que peut faire l’IA à usage général ?
- Quels sont les risques associés à l’IA à usage général ?
- Quelles sont les techniques d’atténuation contre ces risques ?
Une nécessaire prise de conscience
Les systèmes d'IA à usage général, capables d’effectuer une grande variété de tâches, progressent à une vitesse inédite. Non seulement ils peuvent écrire des programmes complexes et détecter des cybervulnérabilités, mais ils atteignent également des performances comparables à celles d'experts humains en sciences fondamentales. Ces avancées s'accompagnent cependant de nouveaux risques. Rédigé par des experts provenant de 30 pays, de l’ONU, de l’UE et de l’OCDE, le rapport identifie trois catégories principales de menaces :- Les risques d'utilisation malveillante, incluant les cyberattaques, la propagation de désinformation ou la conception d'armes biologiques facilitée par l'IA ;
- Les dysfonctionnements systémiques, tels que les biais algorithmiques, les erreurs de fiabilité ou la perte de contrôle sur des systèmes autonomes ;
- Les risques systémiques, relatifs à l'impact économique et social de l'IA, notamment sur l'emploi, la protection des données personnelles et l'environnement.
