Les agents d'IA qu'une entreprise fait tourner dans Microsoft 365 ou sur les postes de ses salariés relèvent désormais, chez Microsoft, des outils conçus pour surveiller un salarié à risque. L'éditeur a présenté le 19 octobre 2026 la suite de ce chantier dans un billet de son blog consacré à la sécurité, signé Nadim Abdo, vice-président chargé de l'identité et de l'accès réseau. Chaque agent doit y avoir sa propre identité et figurer dans un registre. Ses droits se resserrent quand son risque augmente.
Une partie de ces contrôles est déjà vendue. La gestion des risques internes de Microsoft Purview, conçue pour repérer les fuites de données ou le vol de propriété intellectuelle, s'applique aux agents depuis l'été : Microsoft en annonçait la disponibilité générale mondiale de mi-juin à fin juillet 2026. Le message MC1280556 adressé aux administrateurs de Microsoft 365, consulté dans sa reproduction par le site itelio, précise que ces fonctions ne sont pas disponibles sans Microsoft 365 E7 ou Agent 365. Sur la page française d'E7, l'offre coûte 91,92 euros HT par utilisateur et par mois en abonnement annuel, et 84,51 euros pour Microsoft 365 E7 EEE (sans Teams). Agent 365, le « plan de contrôle pour les agents » qu'E7 contient, se vend seul 13 euros HT par utilisateur et par mois sur sa propre page.
Le billet de Microsoft ne donne ni statut ni date pour les nouveautés du 19 octobre, que son résumé présente comme des fonctions de Microsoft 365 E7 et de Project Perception. GeekWire écrit le même jour qu'elles font partie d'E7. Selon le site d'information, elles sont en préversion privée et leur disponibilité doit s'élargir à Ignite, la conférence de Microsoft à San Francisco. Elle se tient du 17 au 20 novembre, selon le site de l'événement. Project Perception, le système d'agents de sécurité auquel s'ajoutent les Guardian Agents, reste ouvert sur invitation à un petit nombre de clients, selon sa documentation.
Les outils de surveillance des salariés étendus aux agents
Microsoft rattache cette approche à Satya Nadella. Dans un texte publié le 10 octobre, le PDG de Microsoft propose de traiter les modèles, fermés ou à poids ouverts, comme des risques internes. Il écrit que « les contrôles qui régissent ce à quoi un modèle peut accéder et les actions qu'il peut entreprendre doivent se situer en dehors du modèle » (traduit de l'anglais). Chaque action significative doit selon lui laisser une preuve infalsifiable et lisible par un humain.
OpenAI a indiqué le 1er octobre avoir notifié plus de 100 organisations d'une activité non autorisée de ses agents, survenue pendant ses propres tests. Une démonstration publiée le 9 octobre a aussi montré qu'un agent peut exécuter un outil avant de formuler son refus. Dans ce montage, la consigne donnée au modèle n'a pas arrêté l'action.
Le billet du 19 octobre reprend les outils vendus pour les personnes. « Nous avons passé des décennies à appliquer le Zero Trust et le moindre privilège aux personnes », y écrit l'éditeur. L'agent reçoit une identité distincte dans l'annuaire Entra (Microsoft Entra Agent ID), que Microsoft étend à de nouveaux types d'agents. Il « ne devrait pas hériter de toutes les permissions du salarié qui le parraine ».
Un niveau de risque qui retire des droits en cours de route
La pièce centrale s'appelle Dynamic Agent Risk. Microsoft la décrit comme un risque réévalué en continu à partir de signaux d'identité, de données, de terminaux, de cloud, de réseau, d'exécution et de l'activité de l'agent lui-même. GeekWire en donne deux exemples : les données que l'agent peut atteindre, et l'écart entre ses actions et la tâche qui lui a été confiée. Microsoft y verse aussi des éléments tirés du modèle, comme son raisonnement intermédiaire.
Ce risque alimente Dynamic Conditional Access, qui prolonge l'accès conditionnel d'Entra, le filtre de connexions déjà appliqué aux salariés et aux agents. La réponse est graduée. Selon le billet, la politique d'accès peut :
- réduire les permissions de l'agent ;
- conserver la lecture et bloquer l'écriture ;
- restreindre les données et les ressources qu'il atteint ;
- restreindre ses chemins réseau ;
- raccourcir ou révoquer un accès limité dans le temps ;
- exiger une approbation humaine « prouvable cryptographiquement » avant une étape à fort impact.
Au niveau de risque le plus élevé, l'agent peut être isolé ou arrêté.
En amont, Microsoft veut que l'agent démarre sans droit, ou avec le strict minimum. Ses permissions sont ensuite limitées à sa tâche et dans le temps. Il peut tourner dans un bac à sable comme Microsoft Execution Container (MXC), qui filtre son accès aux ressources.
L'enquête revient à d'autres agents. Microsoft ajoute à Project Perception des Guardian Agents et des Playbooks, scénarios qui fixent le résultat de sécurité attendu et coordonnent les actions de protection. Les Guardian Agents cherchent pourquoi le risque d'un agent a changé et examinent les éléments de preuve. Selon GeekWire, ils peuvent recommander ou appliquer un confinement. Les humains définissent les règles et gardent la main sur les décisions lourdes de conséquences, écrit Microsoft.
Soixante agents repérés sur les postes, sous conditions
Un registre suppose de savoir quels agents tournent. Microsoft ajoute 35 types d'agents locaux à sa découverte, qui en reconnaît désormais 60, dont Claude Code, OpenAI Codex et GitHub Copilot. La matrice de prise en charge datée du 7 octobre cite aussi Cursor, Windsurf, Gemini CLI, ChatGPT Desktop ou Claude Desktop, et des moteurs de modèles locaux comme Ollama.
Cette découverte passe par Microsoft Defender for Endpoint et ne voit que les postes enrôlés. Elle repose sur l'activité observée : « installer un agent ne garantit pas à lui seul que l'agent apparaisse dans l'inventaire local des agents d'IA », précise la matrice. Les 60 agents sont reconnus sous Windows. Sous macOS, la découverte est en préversion et couvre 51 agents. Le sous-système Linux de Windows est pris en charge en préversion pour trois agents de code, ce qui ne vaut pas prise en charge des postes Linux natifs, prévient Microsoft.
La protection à l'exécution, en préversion, ne fonctionne que sous Windows. Elle lit les événements que certains éditeurs exposent, ou inspecte le trafic réseau. Cette seconde méthode ne couvre pas les agents qui épinglent leurs certificats ou passent par HTTP/3. Les agents découverts alimentent une table de Defender, AgentsInfo, que les équipes de sécurité peuvent interroger.
Les agents créés hors des canaux de Microsoft 365 demandent des étapes supplémentaires pour entrer dans l'inventaire d'Agent 365, selon la FAQ du produit. La page d'Agent 365 annonce aussi la journalisation et l'audit des actions des agents.
Ce que paie un acheteur français
| Offre | Prix HT en France, par utilisateur et par mois | Contrôles d'agents documentés |
|---|---|---|
| Microsoft 365 E7 | 91,92 € | Comprend E5, Copilot, Agent 365 et la Suite Entra ; risques internes Purview pour agents ; accès conditionnel pour agents |
| Microsoft 365 E7 EEE (sans Teams) | 84,51 € | Même socle, sans les fonctions Teams |
| Agent 365 seul | 13,00 € | Risques internes Purview pour agents ; accès conditionnel pour agents avec, au minimum, Entra P1 ou Microsoft 365 E3 |
Prix publics en abonnement annuel, consultés le 20 octobre 2026. Contrôles d'agents : message MC1280556 et documentation de l'accès conditionnel pour agents.
La documentation de l'accès conditionnel pour agents exige soit E7, soit une licence Agent 365 « associée au minimum à Microsoft Entra P1 ou Microsoft 365 E3 ». Selon la lecture d'ActuIA de ces pages de licence, une entreprise déjà équipée d'Entra P1 ou d'E3 peut ouvrir ces contrôles avec Agent 365, sans passer à E7. Le message MC1280556 ne précise pas si une licence Purview s'y ajoute.
Agent 365 se licencie par utilisateur. Microsoft le recommande pour tous ceux qui interagissent avec les agents, les possèdent, les gèrent ou les parrainent. Au prix public, Agent 365 coûte 156 000 euros HT par an pour 1 000 utilisateurs. Aucune source consultée ne dit si Dynamic Agent Risk, Dynamic Conditional Access et les Guardian Agents seront accessibles avec Agent 365 seul, ni s'ils seront facturés en plus d'E7. Les pages consultées ne donnent aucun tarif pour Project Perception.
En Europe, des prix en euros et aucun calendrier propre
E7 et Agent 365 sont vendus en France, en euros. La version EEE d'E7, sans Teams, y coûte 7,41 euros HT de moins par utilisateur et par mois. La gestion des risques internes de Purview pour agents est en disponibilité générale mondiale sur le cloud commercial multilocataire, selon la feuille de route Microsoft 365. Aucune des pages lues ne mentionne l'Union européenne, la frontière de données de l'UE (EU Data Boundary) ou une région pour les nouveautés du 19 octobre.
Les agents visés sont ceux de l'entreprise
Le 19 octobre également, la société de cybersécurité NorForge a publié une enquête sur plus de 20 panneaux de contrôle Cairn exposés, selon elle probablement utilisés par des pirates pour piloter des agents d'IA contre des sites marchands. Le groupe le plus actif y compte plus de 1 100 projets d'attaque, pour un coût moyen estimé à environ 5 dollars par tâche. Ces agents appartiennent aux attaquants. Les contrôles annoncés par Microsoft portent sur les agents que l'entreprise déploie elle-même, avec ses données et ses droits. Le billet range parmi les risques un agent interne qui se trompe, qui est manipulé ou qui est compromis.
La prochaine échéance est Ignite, à partir du 17 novembre. Microsoft n'a publié ni la méthode de calcul du risque d'un agent, ni les seuils qui déclenchent chaque réponse.
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