Quatre très petites entreprises ou PME françaises sur dix déclarent utiliser au moins une solution d'intelligence artificielle. C'est 14 points de plus qu'en 2025 et trois fois le taux relevé en 2024. Le chiffre vient du baromètre France Num 2026, l'enquête annuelle que le Crédoc conduit pour la Direction générale des entreprises (DGE) auprès de plusieurs milliers de dirigeants. Sur l'ensemble des TPE et PME interrogées, 19 % recourent à des solutions payantes.
Les résultats ont été publiés le 28 septembre 2026 par France Num et présentés dans le communiqué de presse n° 1062.
De 13 % à 40 % en deux ans
En septembre 2024, la DGE relevait 13 % d'entreprises utilisatrices d'outils d'IA. Un an plus tard, la proportion avait doublé, à 26 %. Elle atteint 40 % en 2026. Chez les PME, la progression est encore plus rapide : 16 % en 2024, 34 % en 2025, 53 % cette année.
Tous les secteurs accélèrent, à des niveaux très différents. Le numérique reste en tête avec 72 % d'utilisatrices, devant les services spécialisés et techniques (60 %) et les activités financières (46 %). Suivent le bâtiment et la construction (30 %), le transport et la logistique (29 %), l'agroalimentaire (27 %) et l'agriculture (18 %). L'écart entre le premier et le dernier secteur est de 54 points, mais les multiplicateurs annuels publiés dans le dossier France Num vont globalement en sens inverse des niveaux : le numérique multiplie son taux par 1,4 en un an, l'agriculture et le bâtiment par 2. Dans l'agriculture, la DGE mesurait 4 % d'utilisatrices en 2024 et 9 % en 2025.
Les usages, eux, sont concentrés sur le texte et la conversation. La génération de contenus (texte, voix ou image) est citée par 34 % des TPE et PME, en hausse de 12 points. Viennent ensuite les assistants conversationnels et chatbots (24 %, +10 points), l'analyse et la classification de documents (13 %, +7), l'automatisation des tâches (11 %, +6), puis l'analyse de données, la prévision et l'optimisation des ressources (9 %, +4). Les deux premiers postes correspondent à ce qu'un assistant généraliste sait faire sans installation ni paramétrage.
19 % paient, presque toujours un abonnement
19 % des TPE et PME recourent à des solutions d'IA payantes, 32 % chez les PME. Rapporté aux 40 % d'utilisatrices, et en supposant que toutes les entreprises qui paient figurent parmi celles qui utilisent, un peu moins d'une utilisatrice sur deux met de l'argent dans l'outil qu'elle emploie. Chez les PME, le rapport monte à environ trois sur cinq. Le baromètre ne publie pas ce croisement direct entre usage et paiement ; le rapport est une reconstitution de la rédaction.
Le dossier détaille quatre postes de dépense : 17 % des TPE et PME déclarent des abonnements ou des licences, 5 % de la formation, 3 % des développements spécifiques et 2 % du conseil et des prestations. L'intégration, la personnalisation et l'accompagnement restent donc marginaux. Un autre indicateur va dans le même sens : 76 % des entreprises exploitent leurs données pour piloter leur activité, mais elles le font avec un logiciel métier (51 %) ou un tableur (44 %), et seulement 5 % avec de l'intelligence artificielle.
Parmi les priorités numériques déclarées pour 2026-2027, l'IA recueille 18 %, un point de moins que l'an dernier, loin derrière la réforme de la facturation électronique (39 %, +11 points). Et 33 % des TPE et PME déclarent n'avoir engagé aucune dépense numérique en 2025, hors formation et recrutement, soit 8 points de plus en un an.
9 655 réponses collectées au printemps, publiées en septembre
L'enquête a été confiée par la DGE au Crédoc et au Centre Relations Clients. L'échantillon compte 9 655 entreprises répondantes : 2 869 PME et 6 786 TPE, dont 799 entreprises sans salarié. Elles ont été interrogées en ligne et par téléphone entre le 23 mars et le 18 avril 2026. Les résultats sont représentatifs de la population 2024 des TPE et PME françaises par taille, secteur et région. Sur une population de référence de 2,4 millions d'entreprises, la DGE annonce une marge d'erreur inférieure à 1 % au seuil de confiance de 95 %.
Le terrain s'est arrêté le 18 avril : les 40 % décrivent le printemps 2026, pas la rentrée. L'échantillon se contracte aussi, après 11 021 répondants en 2025 et 10 125 en 2024. Au 30 septembre, France Num ne proposait en téléchargement qu'une infographie de cinq pages ; le rapport détaillé du Crédoc n'y figurait pas. Les chiffres sectoriels et les répartitions de dépenses cités ici proviennent du dossier en ligne.
La confiance dans le numérique recule de sept points
71 % des dirigeants estiment que le numérique apporte un bénéfice réel à leur entreprise, contre 78 % en 2025 et 79 % en 2024. La baisse atteint 8 points chez les TPE, quand les PME restent à 83 %. L'agriculture perd 10 points (52 %) et le transport-logistique autant (60 %), tandis que le secteur du numérique ne cède qu'un point, à 90 %. Le baromètre mesure par ailleurs pour la première fois, selon la DGE, l'exposition directe aux incidents de cybersécurité : 39 % des TPE et PME déclarent en avoir subi au moins un dans les douze derniers mois, et 53 % des dirigeants craignent de perdre ou de se faire pirater leurs données.
Interrogés sur l'interlocuteur qu'ils privilégient pour être conseillés, 41 % des dirigeants citent leur expert-comptable, en hausse de 23 points, une progression que le dossier France Num relie à la réforme de la facturation électronique. Les réseaux professionnels de prestataires suivent à 37 %. France Num arrive à 7 %, en recul de 7 points, et 18 % des TPE et PME déclarent connaître le dispositif.
Le plan Osez l'IA vise 50 % des TPE en 2030
Le 3 septembre 2026, la DGE dressait le bilan du premier anniversaire du plan « Osez l'IA », lancé le 1er juillet 2025 : plus de 35 000 entreprises sensibilisées, 615 Ambassadeurs IA dans 20 régions et collectivités, 88 offreurs de solutions référencés, 70 diagnostics Data IA engagés. Le plan affiche une cible à 2030 : un taux d'adoption de l'IA de 100 % des grandes entreprises, 80 % des PME et ETI et 50 % des TPE. « Notre cap pour l'année qui vient est clair : passer de la sensibilisation à l'action, aller chercher les entreprises qui pensent encore que l'IA n'est pas pour elles, et faire en sorte que cette transformation profite à tous », déclarait ce jour-là Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique.
Mesuré à l'aune de ces cibles, le baromètre pose une question d'instrument. L'indicateur « utilise au moins une solution d'intelligence artificielle », tel qu'il est publié, enregistre aussi bien un abonnement d'entreprise qu'un compte gratuit ouvert par un salarié sur un assistant grand public, et il peut progresser de 14 points sans qu'un euro change de main. Le dossier ne publie pas de taux d'usage propre aux seules TPE, qui permettrait de le confronter à la cible de 50 % ; il donne l'ensemble (40 %) et les PME (53 %). La diffusion mesurée cette année ressemble davantage à une appropriation individuelle et gratuite d'outils génériques qu'à un investissement d'entreprise, et c'est l'écart que le plan gouvernemental dit vouloir combler.
Pour un conseiller de terrain, activateur France Num, chambre consulaire ou expert-comptable, le baromètre livre un argument chiffré : la part d'entreprises jugeant l'effet de l'IA positif passe de 68 % chez l'ensemble des utilisatrices à 84 % chez la seule fraction qui paie, selon le dossier France Num ; le communiqué de presse écrit 85 %. Pour un éditeur de logiciels ou un intégrateur, le marché décrit par ces chiffres est celui de l'abonnement, loin devant le développement spécifique et le conseil.
