La Commission européenne a annoncé sa volonté de créer un partenariat public-privé dans le domaine de l'intelligence artificielle. Dans ce contexte, et forts de leur expertise scientifique, CLAIRE, EurAI, HumanE AI, et AI4EU ont présenté cette semaine 10 recommandations sur le sujet.
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L’Europe peut être présentée comme un leader mondial en matière de recherche de haute qualité sur l’IA. Cependant, la capacité de l’Europe à en tirer parti est faible selon CLAIRE, EurAI, HumanE AI, et AI4EU. L'expertise de l'IA en Europe reste en effet fragmentée. Jusqu'à présent, de solides réseaux de recherche sont créés, mais ils manquent de financement public suffisant, d'intégration et d'un pôle central pour servir de point focal, de phare de l'ambition européenne en matière d'intelligence artificielle et d'attracteur mondial de talents et de compétences.
Des entreprises technologiques axées sur le consommateur, telles qu'Amazon, Google, Facebook et Apple, jouent un rôle de premier plan dans l'innovation de l'IA. Sur ce sujet, les États-Unis et la Chine dominent de façon absolue, et on constate que parmi les 30 premiers en valeur du marché, l'Europe ne représente que 0,2%.
Bien qu’il soit difficile d'apporter une réponse de taille à l’investissement massif dans l’IA d’autres régions, cela permet également de comprendre plus facilement ce qu’une stratégie européenne en matière d’IA devrait ou ne devrait pas faire. Pour CLAIRE, EurAI, HumanE AI, et AI4EU, l'Europe doit se renforcer en matière de recherche fondamentale et appliquée sur l'IA, notamment en établissant un réseau soudé de centres d'excellence en IA et un pôle central pour la recherche en IA.
Cependant, selon les quatre organismes, l'Europe doit également mobiliser de manière substantielle l'innovation axée sur l'IA dans son secteur commercial. Et c'est pour cette raison que la Commission européenne envisage de créer un partenariat public-privé doté d'un financement public substantiel.
CLAIRE, EurAI, HumanE AI et AI4EU, les principaux réseaux européens de scientifiques de l’IA, se sont félicités de cette initiative et participent d'ailleurs activement aux travaux en cours de la Commission visant à élaborer une réponse européenne forte. Pour aller de l'avant, ces organisations ont publié cette semaine dix recommandations pour un partenariat public-privé dans le domaine de l'IA.
« L’Europe doit améliorer la collaboration profonde entre les universités et le secteur commercial. C’est pourquoi il est important que le secteur de la recherche européen participe activement au partenariat public-privé », déclare Barry O’Sullivan, président de l’Association européenne pour l’intelligence artificielle (EurAI) et professeur à l’University College Cork.Morten Irgens, cofondateur de CLAIRE, a expliqué à ce propos :
« Un partenariat public-privé peut devenir un élément important d'une stratégie visant à transformer la recherche en intelligence artificielle en atout pour la société [...] Cependant, cela nécessite que le partenariat public-privé soit fortement axé sur l'IA. Nous mettons en garde contre l'élargissement du mandat du partenariat. Cela réduirait les effets du partenariat et affaiblirait ses chances de renforcer le marché. Bien que nous comprenions la relation entre l'intelligence artificielle et des domaines tels que le Big Data, la robotique, le droit et l'éthique, il s'agit également de domaines à part entière et ils ne devraient pas être pleinement pris en compte par le mandat du partenariat. »De son côté, Holger Hoos, cofondateur de CLAIRE et professeur de machine learning à l'Université de Leiden (Pays-Bas), a indiqué :
« Les partenaires privés naturels des partenariats public-privé sont les entreprises en place [...] Cependant, l’Europe compte peu d’opérateurs historiques dotés d’une force reconnue dans le monde en matière d’innovation en intelligence artificielle. Nous mettons en garde contre le fait que le partenariat soit uniquement un instrument de financement pour l’adoption de technologies d’IA dans les entreprises existantes; cela devrait vraiment soutenir notre capacité à concevoir et à construire des technologies d'intelligence artificielle, en plus de les utiliser. »Sur ce point, Morten Irgens a également ajouté :
« C’est là que nous devons également nous tourner vers des start-up et des scalups disruptives fondées sur l’intelligence artificielle, largement soutenus par du capital-risque [...] Elles jouent un rôle essentiel dans le développement d’une industrie de l’IA en Europe. Bien que cette activité bénéficie d’un soutien ciblé, nous recommandons d’intégrer ce secteur à la structure de gouvernance du partenariat public-privé. Nous pensons que cela profiterait aux partenaires privés du partenariat. »
