Ce mardi 25 janvier, les commissions du marché intérieur et des libertés civiles organisaient leur premier échange de vues commun sur la proposition de législation sur l’intelligence artificielle. Le travail parlementaire sur ce sujet central va se poursuivre cette année. En décembre, à l'occasion de sa présidence du Conseil de l'Union Européenne, la Slovénie avait présenté un texte de compromis sur le projet de loi de l'UE sur l'IA, comprenant des changements majeurs dans les domaines de la notation sociale, des systèmes de reconnaissance biométrique et des applications à haut risque, tout en identifiant également les futurs points de discussion. Retour sur ces modifications.
Avant la réunion qui s'est tenue ce mardi, le co-rapporteur pour la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs, Brando Benifei (S&D, IT), a déclaré :
«Notre objectif est de protéger nos citoyens et consommateurs, et de stimuler en même temps l’innovation positive, avec une attention particulière portée aux PME et aux start-ups. Un cadre législatif garantissant que les systèmes d’IA pénétrant le marché intérieur de l’UE sont sûrs, centrés sur l’humain et respectent nos libertés et droits fondamentaux stimulera la confiance chez nos citoyens, ce qui est essentiel pour une adoption réussie et inclusive de l’IA sur notre continent. C’est ce à quoi nous nous efforcerons.»De son côté, Dragoş Tudorache (Renew Europe, RO), co-rapporteur pour la commission des libertés civiles, la justice et les affaires intérieures, a ajouté :
«La législation sur l’IA est une pièce centrale de l’environnement réglementaire européen pour l’avenir numérique, et c’est la première du genre dans le monde. Nous avons la chance de montrer l’exemple et de façonner les règles du monde numérique selon nos valeurs. Au cœur de la démocratie européenne, le Parlement a un rôle essentiel à jouer: nous devons trouver le bon équilibre entre le renforcement de la protection de nos droits fondamentaux et de la compétitivité et de la capacité d’innovation de l’Europe.»
Une proposition de règlement concernant l'intelligence artificielle présentée en avril 2021
La Commission européenne est l'une des 7 institutions européennes et la seule pouvant proposer de nouveaux textes législatifs. Elle est actuellement présidée par Ursula von der Leyen, nommée par les 27 états membres et élue en 2019 par le Parlement Européen pour 5 ans. Pour contrer l'avance des Américains et des Chinois, tout en construisant un numérique « responsable » et « digne de confiance » pour conserver sa souveraineté, la Commission européenne dévoilait le 19 février 2020 sa stratégie numérique – un secteur défini comme une priorité parmi les orientations politiques de la nouvelle présidente Ursula von der Leyen. Le 21 avril 2021, la commission soumettait une proposition de règlement concernant l'Intelligence Artificielle avec les objectifs spécifiques suivants:- veiller à ce que les systèmes d’IA mis sur le marché de l’Union et utilisés soient sûrs et respectent la législation en vigueur en matière de droits fondamentaux et les valeurs de l’Union;
- garantir la sécurité juridique pour faciliter les investissements et l’innovation dans le domaine de l’IA;
- renforcer la gouvernance et l’application effective de la législation existante en matière de droits fondamentaux et des exigences de sécurité applicables aux systèmes d’IA;
- faciliter le développement d’un marché unique pour des applications d’IA légales, sûres et dignes de confiance, et empêcher la fragmentation du marché.
- systèmes d’IA qui influencent de manière subliminale le comportement d’une personne en vue de lui causer ou de causer à un tiers un dommage ;
- systèmes d’IA qui exploitent la vulnérabilité d’un groupe de personnes en vue de fausser le comportement de l’une de ces personnes et de causer un dommage ;
- systèmes d’IA de notation sociale mis sur le marché, mis en service ou utilisés par les autorités publiques ou en leur nom ;
- systèmes d’identification biométrique à distance en temps réel dans des espaces accessibles au public, sauf exception.
Modifications souhaitées de la loi sur l'IA
La présidence a tout d'abord établi une définition des systèmes d'IA afin de mieux distinguer les logiciels classiques. Selon le compromis, les systèmes d'IA ont la capacité de traiter des données ou d'autres types d'entrées «pour déduire le moyen d'atteindre un ensemble donné d'objectifs définis par l'homme par l'apprentissage, le raisonnement ou la modélisation». Le compromis prévoit que, dans les 2 cas suivants, la réglementation ne s'appliquerait pas :- Les pays de l'UE refusent toute ingérence en matière de sécurité nationale et insistent pour que les systèmes d'IA développés exclusivement à des fins militaires soient retirés du champ d'application du règlement
- Il a été décidé que les systèmes d'IA développés dans le seul but de la recherche et du développement scientifique soient eux aussi exclus du champ d'application.
