Focus sur SEEKER, un modèle d’intelligence artificielle pour lutter contre le trafic d’animaux sauvages

La lutte contre le braconnage et le trafic d’animaux sauvages est au coeur de plusieurs projets de recherche. On peut citer les drones de la fondation Lindbergh auxquels s’est associée Neurala, la caméra TrailGuard AI de l’association Resolve, en partenariat avec National Geographic Society, Intel et la fondation Leonardo DiCaprio ou encore la technologie de DeepMind pour les troupeaux du Serengeti. Ces outils sont d’une grande aide pour les rangers et associations sur place. Microsoft a également développé un projet de recherche en IA baptisé SEEKER pour faire la différence dans cette lutte contre le braconnage.

Le commerce illégal d’espèces sauvages est l’un des cinq crimes mondiaux les plus lucratifs et concerne plus de 7 000 espèces dans le monde. Il est dirigé par des réseaux criminels très bien organisés qui exploitent les systèmes de transport et financiers pour déplacer des produits animaux illégaux et les profits de leurs ventes via le blanchiment.

SEEKER est un projet de recherche en IA de Microsoft qui a été expérimenté à l’aéroport de Heathrow, à Londres, et a démontré sa capacité à détecter les éléments d’espèces sauvages illégaux dissimulés dans les bagages et le fret. L’objectif est d’ensuite les tracer pour faire cesser le braconnage. Ce projet a notamment retenu l’attention de United for Wildlife, créée en 2012 par The Royal Foundation of the Duke and Duchess of Cambridge et le Prince Harry. Cette organisme a pour objectif d’empêcher les trafiquants de transporter, de vendre et de tirer profit des produits illégaux de la faune.

Scan d’un bagage – Microsoft

En coopérant avec les secteurs des transports, de la finance et des ONG et en partageant ses informations au niveau mondial, United for Wildlife cherche à perturber ce réseau criminel. C’est donc tout naturellement que l’organisation s’est intéressée à cette nouvelle technologie d’analyse basée sur l’intelligence artificielle et en a soutenu le développement. L’équipe du projet SEEKER a pu tirer parti de l’expertise du réseau mondial de United for Wildlife sur le commerce illégal d’espèces sauvages. Par la suite, United for Wildlife facilitera, avec ses organisations partenaires dans le secteur des transports, le déploiement de SEEKER au niveau mondial.

Au sujet de ce trafic, Lord William Hague, président du groupe de travail United for Wildlife, a déclaré :

“Il s’agit d’un problème mondial extrêmement complexe, mais lorsque les institutions, y compris les transports, la technologie, les services financiers et les agences d’application de la loi, travaillent en collaboration pour partager des connaissances, de l’expertise et des informations, cela améliore notre capacité à détecter et à démanteler les réseaux criminels sophistiqués qui se cachent derrière chaque acte de traite. Travailler en partenariat avec les secteurs public et privé est crucial si nous voulons arrêter définitivement ce commerce illégal.”

Le modèle d’IA du projet SEEKER est optimisé pour détecter les produits illégaux de la faune sauvage faisant l’objet d’un trafic dans les bagages et le fret, dans les aéroports, les ports ou aux frontières.

Microsoft l’a développé en partenariat avec UK Border Force et Smiths Detection. Ils lui ont appris à identifier les animaux ou des produits illégaux comme, par exemple, ceux utilisés pour les médicaments, en téléchargeant leur image et celles de parties de leur corps. Le système effectue le scan 3D d’un sac, généré par les scanners à rayons X de Smiths Detection, fait pivoter l’image pour obtenir une vue complète du bagage, filtre les objets sans rapport tels que les vêtements et isole tout objet qui correspond aux images sur lesquelles il a été formé.

Les essais faits ensuite à Heathrow ont démontré que l’algorithme peut être entraîné sur n’importe quelle espèce en seulement deux mois. Si un élément illégal d’espèces sauvages lors d’un scan de fret ou de bagages est détecté, les agents de sécurité et les agents des forces frontalières sont aussitôt alertés par SEEKER, les objets saisis serviront de preuves dans des poursuites pénales contre les contrebandiers.

Jonathan Coen, directeur de la sécurité à l’aéroport d’Heathrow, a déclaré :

“Le projet SEEKER et notre partenariat avec Microsoft et Smiths Detection nous permettront de garder une longueur d’avance sur les trafiquants, en explorant de nouvelles technologies qui nous aideront à protéger la faune la plus précieuse au monde.”

Microsoft a donc testé la technologie Azure Machine Learning de SEEKER à l’aéroport d’Heathrow, où il a scanné jusqu’à 250 000 sacs par jour. Il a enregistré un taux de détection de plus de 23 % mais est beaucoup plus performant pour identifier les objets en ivoire tels que les défenses et les cornes avec un taux de réussite de 70%.

Clare Barclay, PDG de Microsoft UK, a déclaré :

“Le potentiel inexploité de l’IA et de l’apprentissage automatique peut aider à résoudre certains des défis environnementaux les plus complexes au monde. Notre modèle d’IA multi-espèces unique en son genre, le projet SEEKER, peut aider à lutter contre le trafic d’espèces sauvages, tout en protégeant les écosystèmes animaux. L’importance de la collaboration et du partenariat avec davantage d’organisations ne pourrait être plus grande alors que nous cherchons à protéger l’environnement et les espèces les plus menacées au monde.”

Daniel Haines, spécialiste en IA et responsable du projet SEEKER chez Microsoft, a souligné :

“Le trafic illégal d’espèces sauvages a un effet dévastateur sur le déclin des espèces et des environnements naturels de la Terre. C’est un commerce illicite complexe mais avec la bonne intervention d’IA déployée aux bons endroits, nous avons une réelle possibilité de le démanteler. Le projet SEEKER montre le potentiel des données et de l’IA pour permettre aux équipes de lutte contre la fraude de réprimer le trafic d’espèces sauvages comme jamais auparavant.”

SEEKER peut apporter des informations pour les équipes mondiales d’application de la loi afin de mieux voir ce qui fait l’objet du trafic, son origine et sa destination. Grâce à une meilleure compréhension des tactiques criminelles et des schémas commerciaux illégaux, grâce au type de données qu’il fournit, les organisations des secteurs privés et publics et les organismes chargés de l’application de la loi peuvent prendre des mesures plus éclairées. Le prince William l’a déclaré crucial dans cette lutte et Daniel Haines a conclu :

“L’amélioration des taux de détection du trafic illégal d’espèces sauvages dans les points chauds de transit n’est qu’un début. Les données capturées par les autorités leur permettront de créer une image claire du point de départ de la contrebande, de ses itinéraires et de ses destinations, conduisant à une approche plus efficace et collaborative pour éliminer ces réseaux criminels.”