Intelligence artificielle Retour sur la déclaration de Montréal sur l’intelligence artificielle

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Retour sur la déclaration de Montréal sur l’intelligence artificielle

La journée du 4 décembre 2018 a été marquée par le lancement à l’occasion de la conférence NeurIPS de la Déclaration de Montréal sur l’intelligence artificielle. Un document clé mené par Marc-Antoine Dilhac et l’Université de Montréal, fruit d’une réflexion mûrie et concertée qui permettra d’avoir une base éthique fondamentale au niveau international.

Cliquez-ici pour voir ou revoir le dévoilement de la déclaration de Montréal pour une IA responsable en vidéo.

Plus de 500 personnes ont participé à la rédaction de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle (IA), qui a été dévoilée aujourd’hui à la Société des arts technologiques de Montréal. Ce document, inspiré de la Déclaration d’Helsinki, propose un cadre éthique pour le « développement et le déploiement de l’IA » et veut en favoriser l’accès universel « afin que tous puissent bénéficier de cette révolution technologique ». Enfin, la Déclaration de Montréal vise à réussir « un développement inclusif, équitable et écologiquement soutenable de l’IA » dans « un espace de dialogue national et international ».

« Ce qui m’a le plus surpris au cours des deux dernières années de consultation, c’est la participation citoyenne, qui a été extraordinaire », dit le maître d’œuvre de ce projet, Marc-Antoine Dilhac, professeur au Département de philosophie de l’Université de Montréal.

Il n’oubliera jamais, notamment, ces rencontres dans des bibliothèques de quartier, les samedis et dimanches, où des dizaines de personnes de tous les âges et de toutes les origines socioéconomiques sont venues s’exprimer.

« Les gens se sont sentis concernés par le développement de l’IA et voulaient être entendus », indique le professeur Dilhac, épuisé mais fier du chemin parcouru depuis sa rencontre avec Yoshua Bengio, en 2016. Ils avaient alors discuté de la « morale de la pensée artificielle », échange où la première semence a été plantée.

La Déclaration de Montréal se distingue par ses recommandations uniques en leur genre et par le processus qui a mené à leur formulation. Au cours de différentes consultations, la population a été appelée à anticiper « comment des enjeux éthiques pourraient surgir dans les prochaines années à propos de l’IA dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de la culture, dans celui de la ville intelligente, dans le système judiciaire et la police prédictive, dans le monde du travail et dans les services publics ».

La coconstruction à Paris

Comme l’a expliqué le recteur Guy Breton au lancement des consultations, à l’automne 2017 :

« le thème de l’intelligence artificielle touchera progressivement tous les secteurs de la société et nous devons poser, dès maintenant, les balises qui encadreront son développement afin qu’il soit conforme à nos valeurs humaines et porteur d’un véritable progrès social».

La coconstruction de la Déclaration de Montréal, à laquelle une vingtaine de professeurs et d’étudiants des cycles supérieurs de l’UdeM ont pris part, s’est poursuivie à Paris durant l’automne 2018. Cette consultation itinérante a porté sur les thèmes de l’environnement et de la démocratie, qui s’ajoutaient à ceux précédemment traités: santé, éducation, culture, monde du travail, ville intelligente, système judiciaire et police prédictive.

« Les rencontres de cet automne nous ont permis d’entendre une plus grande diversité de gens, comme des étudiants-chercheurs et des représentants de syndicats, et d’aborder le thème de la culture », mentionne la coordonnatrice scientifique du projet, Natalie Voarino, elle-même doctorante en bioéthique.

Quatre chantiers ont été priorisés depuis l’été dernier, poursuit-elle: la gouvernance algorithmique, l’environnement, l’inclusion de la diversité et la littératie numérique.

« Ces chantiers ont conduit à la formulation de nos recommandations en vue de politiques publiques », signale-t-elle.

Dix principes

« L’intelligence artificielle constitue un progrès scientifique et technologique majeur qui peut engendrer des bénéfices sociaux considérables en améliorant les conditions de vie, la santé et la justice, en créant de la richesse, en renforçant la sécurité publique ou en maîtrisant l’impact des activités humaines sur l’environnement et le climat, peut-on lire dans le préambule de la Déclaration de Montréal. Les machines intelligentes ne se contentent pas de mieux calculer que les êtres humains, elles peuvent interagir avec les êtres sensibles, leur tenir compagnie et s’occuper d’eux. »

Dix principes doivent guider l’évolution de l’IA: le bien-être, le respect de l’autonomie, la protection de l’intimité et de la vie privée, la solidarité, la participation démocratique, l’équité, l’inclusion de la diversité, la prudence, la responsabilité et le développement soutenable.

Pour parvenir à respecter ces principes, les rédacteurs se sont entendus sur huit recommandations. On propose notamment la mise en place d’un « organisme de veille et de recherche sur les usages et les impacts sociétaux du numérique et de l’intelligence artificielle » et l’élaboration d’une politique cohérente.

L’accès à des activités de « formation qui permettent la compréhension, la critique, le respect et la responsabilisation afin de participer activement à une société numérique durable » doit aussi être assuré. Des formations en éthique sont souhaitables. L’évolution du secteur de l’IA ne doit pas se faire sans tenir compte des réalités des pays pauvres ou en développement. Il faut éviter d’adopter un modèle basé sur l’exploitation des retards technologiques ou sur les failles politiques et juridiques de ces pays. Enfin, la dernière recommandation s’inscrit dans une volonté de développement durable. La stratégie conjointe publique et privée doit même apporter « des solutions à la crise environnementale ».

Sans être le grand œuvre de sa vie, la Déclaration de Montréal constitue pour M. Dilhac un moment marquant.

« Je crois qu’il est de notre devoir d’universitaires de prendre part au débat public. Dans le cas présent, l’intelligence artificielle risque de modifier profondément la vie des gens. Il me semblait nécessaire de réfléchir ensemble au cadre dans lequel ce déploiement allait se faire. Je pense que nous pouvons dire: mission accomplie. »

Consultez le site de l’Université de Montréal pour en savoir davantage à propos des recherches sur l’IA.


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Thomas Calvi

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