Petite histoire de l’Intelligence Artificielle, Partie 2

A partir des années 80, l’intelligence artificielle connait un boom. Les grandes firmes s’intéressent de près aux développements en matière d’intelligence artificielle et commencent à y voir de grandes opportunités d’applications commerciales.

Les machines Lisp, créées en 1958, sont ainsi améliorées et mises sur le marché. Les premiers systèmes experts sont dans le même temps dotés d’applications commerciales. L’adoption par de nombreuses entreprises des systèmes experts, à partir des années 80, va marquer les futures innovations en la matière.

Est également créée l’Association américaine pour l’Intelligence Artificielle (AAAI, American Association for Artificial Intelligence) qui donne sa première conférence en 1980. Cette organisation se veut un moyen de promouvoir autant la recherche qu’un usage responsable de l’intelligence artificielle tout en donnant au grand public des clés de compréhension.

De nombreux chercheurs font des avancées majeures dans le domaine de l’intelligence artificielle et on peut citer par exemple Allan Newell, John Laird et Paul Rosenbloom qui développent l’architecture cognitive symbolique Soar, présentée en 1987, ou encore James F. Allen qui travaille sur la logique temporelle et introduit, en 1983, l’algèbre des intervalles d’Allen, une méthode de calcul fondamentale pour le futur de l’intelligence artificielle. Le programme de dessin autonome AARON, créé par Harold Cohen et présenté à la conférence de l’AAAI en 1985, marque également cette décennie.

Cette période voit aussi le développement des recherches concernant l’apprentissage de connaissances implicites par l’expérience et l’utilisation des méthodes de rétropropagation du gradient dans les réseaux de neurones, surtout à partir de la publication des travaux de Rumelhart, Hinton et Williams en 1986.

La même année, sont créés les premiers véhicules robots, par l’équipe d’Ernst Dickmanns de l’université Bundeswehr de Munich et, en 1987, Rodney Brooks introduit l’idée d’un nouveau modèle, plus minimaliste, d’intelligence artificielle: Nouvelle AI. A noter également la création en 1989 d’ALVINN (pour Autonomous Land Vehicle in a Neural Network) par Dean Pomerleau.

Plusieurs pays investissent fortement dans le domaine de la recherche, notamment le Japon avec son projet de 850 millions de dollars baptisé Fifth Generation Computer ou encore le Royaume-Uni avec les 350 millions de livres sterling du projet Alvey. Aux Etats-Unis, DARPA triple son investissement en intelligence artificielle entre 1984 et 1988 tandis qu’un consortium d’entreprises américaines créent le MCC (Microelectronics and Computer Technology Corporation), spécialisé dans la recherche en intelligence artificielle et en technologies de l’information.

Après l’avènement des systèmes experts, de la recherche en ce qui concerne l’apprentissage et la connaissance et du connexionnisme vient pourtant un nouveau moment de crise pour l’intelligence artificielle.

1987-1993, l’intelligence artificielle face aux replis financiers

Jusqu’à l’essor des systèmes experts, les machines Lisp étaient l’outil idéal en ce qui concerne l’informatique, ce qui offrait au secteur de l’intelligence artificielle des bénéfices conséquents. Ce marché s’effondre soudainement quand, dans les années 80, se développent les ordinateurs de bureaux d’Apple et d’IBM. Ils sont plus rapides, plus puissants et moins chers et l’industrie des machines Lisp ne s’en remettra pas.

Dans le même temps, les fonds gouvernementaux destinés à la recherche en intelligence artificielle sont drastiquement réduits dans différents pays et le secteur se retrouve dans une situation complexe. La recherche continue mais est freinée en comparaison à l’essor qu’elle connaissait depuis la fin des années 70.

Parallèlement, plusieurs chercheurs se rapprochent du concept de Nouvelle AI et de l’idée, basée sur le robotique, que les systèmes d’intelligence artificielle doivent avoir un ‘corps’. En 1993, Rodney Brooks, Lynn Andrea Stein, Cynthia Breazeal et leur équipe commencent leur projet de construire un robot humanoïde enfant en seulement cinq ans. De son côté, Ian Horswill créé Polly, le premier robot mobile capable de se déplacer comme un animal en utilisant la vision par ordinateur.

Les années 90 vont, malgré cette crise principalement financière, permettre des avancées majeures dans tous les domaines liés à l’intelligence artificielle.

A partir de 1993, une évolution boostée du domaine et de ses applications

Plusieurs objectifs que se fixaient les premiers chercheurs en intelligence artificielle sont désormais atteints et de nombreuses innovations rencontrent des applications scientifiques, industrielles et/ou commerciales. Dans les années 90, l’intelligence artificielle a connu des développements fondamentaux concernant, entre autres, l’apprentissage, la planification, la compréhension du langage et sa traduction, la réalité virtuelle, les jeux ou encore l’exploration de données.

L’évolution si rapide qu’a connue le domaine de l’intelligence artificielle depuis les années 90 est évidemment liée à l’augmentation de la puissance des ordinateurs et des données auxquels les systèmes ont désormais accès.

La victoire de Deep Blue d’IBM aux échecs contre le champion du monde Garry Kasparov le 11 mai 1997 est l’un des tournants de l’histoire de l’intelligence artificielle et découle du développement de la puissance de calcul et des algorithmes. Il en est de même en ce qui concerne les impressionnants succès des robots de Stanford et du CMU au Darpa Urban Challenge en 2005 et 2007, ou encore des récentes victoires de Watson d’IBM au Jeopardy en 2011 et d’AlphaGo de Google DeepMind au jeu de Go en 2015 et 2016 contre des champions professionnels. En 2017, c’est Libratus, créé par Tuomas Sandholm et Noam Brown, qui est parvenu à vaincre quatre joueurs de poker Texas Hold’em, une première dans l’histoire.

La recherche en ce qui concerne les véhicules autonomes n’a eu de cesse d’évoluer, notamment à partir des voitures robots VaMP et VITA-2 d’Ernst Dickmanns et Daimler-Benz. En 1998 et 1999, d’autres applications commerciales arrivent sur le marché comme Furby de Tiger Electronics ou AIBO de Sony. Ils cherchent ainsi à introduire l’intelligence artificielle dans l’environnement familial et domestique.

Les robots animaux ne sont qu’un exemple de ces innovations pensées pour le marché. Les années 2000 marquent en effet l’arrivée de robots conçus pour des usages très différents, des robots domestiques ou aux robots de la NASA pouvant réaliser des explorations sur Mars, en passant par des robots industriels capables de réaliser des tâches physiques extrêmes ou d’autres pouvant communiquer et aider les utilisateurs via ordinateurs, smartphones ou même physiquement.

Le domaine de l’intelligence artificielle se concentre désormais sur différents aspects, outre les logiques commerciales, pour développer des systèmes plus performants. En 2012, en appliquant le deep learning, Google Brain entraine un système à reconnaitre un chat sur les vidéos disponibles sur Youtube. Les thématiques de l’apprentissage, souvent basées sur le biomimétisme, du langage et de la reconnaissance visuelle sont centrales et les grandes firmes technologiques comme Google, Apple, Intel, IBM ou encore Facebook et Twitter investissent de façon considérable en recherche.

Parallèlement, en mars 2014, l’Institut FLI (The Future of Life Institute) est créé par Jaan Tallinn, Max Tegmark, Meia Chita-Tegmark, Viktoriya Krakovna et Anthony Aguirre. La mission de cette association est “de catalyser et de soutenir les recherches et les initiatives pour préserver la vie et développer des visions optimistes de l’avenir, en particulier des façons positives de développer et d’utiliser de nouvelles technologies”. Elle compte parmi ses nombreux consultants des personnalités telles que Stephen Hawkins, Stuart Russell, George Church, Saul Perlmutter ou encore Elon Musk.

En 2015, au regard des progrès majeurs du domaine et des investissement sans précédents d’entreprises et d’États, 3000 chercheurs en intelligence artificielle et en robotique ont publié une lettre ouverte, également signée par Stephen Hawkins, Elon Musk et Steve Wozniak pour bannir l’utilisation d’armes autonomes.

Si l’histoire de l’intelligence artificielle a été marquée par un certain scepticisme et de vives critiques, ces dernières années de nombreuses voix s’élèvent pour que l’intelligence artificielle soit accessible au grand public et régie par des règles éthiques afin de la rendre utile à la société et plus sûre.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here