iBorderCtrl : et si l’Europe n’avait pas encore compris ce qu’est l’intelligence artificielle ?

iBorderCtrl : et si l’Europe n’avait pas encore compris ce qu’est l’intelligence artif
Actu IA
iborderctrl

Une publication récente sur le site de la Commission Européenne présente le projet iBORDERCTRL. Il s’agit d’un détecteur de mensonges basé sur l’intelligence artificielle. L’outil est amené à entrer en fonction aux frontières des pays et a pour but annoncé de rendre plus rapide et plus facile le passage de frontières. 

Le projet, qui est mené par la Grèce, la Hongrie, le Luxembourg, la Pologne, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Lettonie, est financé à hauteur de 4,5 millions d’euros par l’Union Européenne dans le cadre du projet Horizon 2020 dont nous nous sommes largement fait l’écho. Il devrait entrer prochainement en phase de test en Hongrie, Grèce et Lettonie jusqu’au mois d’août 2019.

IBORDERCTRL va se baser sur les micro-expressions pour tenter de détecter les mensonges des voyageurs soumis au test.

Si l’initiative peut sembler tout à fait louable pour des néophytes : impression de justice et d’impartialité de l’ordinateur, rapidité de traitement, la communauté IA a de quoi s’émouvoir de la nouvelle et se montrer sceptique car il en est tout autre dans les faits.

Les biais d’entraînement sont l’une des limites actuelles bien connues de l’intelligence artificielle, contre laquelle les spécialistes cherchent à trouver et mettre en place des solutions, reposant notamment sur des méthodologies rigoureuses de constitution de jeux de données d’entraînement. Or, nous n’avons au moment de la rédaction de cet article encore aucune information sur la méthodologie employée pour créer les jeux d’entraînements utilisés par IBORDERCTRL.

D’un point de vue plus général, il est important de garder à l’esprit que l’intelligence artificielle n’a aucune compréhension de l’humain. Elle arrive tout juste à commencer à reconnaître la parole de façon efficace, sans aucune compréhension réelle des propos ou de leur signification. Les mensonges font appel à des mécanismes psychologiques complexes dont la détection réclame bien plus qu’une simple compréhension littérale et il peut sembler utopiste de vouloir les déceler en détectant quelques expressions clefs du visage, d’autant plus que les expressions varient selon les cultures. À titre d’exemple, un hochement de la tête pourra être considéré comme un oui en occident tandis qu’il sera interprété comme un non en Turquie.

L’intelligence artificielle est un formidable outil, mais, attendre d’elle qu’elle cerne mieux l’humain que l’humain lui-même relève d’un fantasme répandu avant tout chez les non-initiés et qui a déjà mené à des dérives telles que le détecteur de personnes homosexuelles.

Ce projet de détecteur de mensonges peut être un sujet de recherche très intéressant, mais vouloir le mettre en service en conditions réelles, étant donné l’avancée actuelle de la recherche, est-il souhaitable ?

Peut-être parviendra-t-on à comprendre efficacement l’Homme et ses intentions non-explicites avec l’intelligence artificielle générale, mais nous en sommes, de l’avis de tous, encore loin.

De nos jours, l’intelligence artificielle parvient tout juste à être efficace lorsque l’humain souhaite coopérer avec elle, mais quid de l’efficacité de l’IA que l’on souhaiterait tromper ? Il suffit de s’amuser avec les assistants vocaux de Google ou Amazon, qui sont pourtant les plus performants au monde dans le domaine de la reconnaissance vocale, pour être dubitatif.

Pour conclure, pourquoi ne se contenterait-on pas d’utiliser l’intelligence artificielle pour des tâches dans lesquelles l’Homme n’est pas essentiel, et laisser ainsi l’humain se focaliser sur l’humain ?