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“L’avenir de l’intelligence artificielle se joue en Chine, pas en Europe” explique Pierre Haski sur France Inter

Alors que Google vient d’inaugurer son nouveau centre de recherches en intelligence artificielle à Paris, Pierre Haski expliquait ce matin sur France Inter que l’avenir de l’intelligence artificielle se jouait en Chine, pas en Europe. Retrouvez ci-dessous son billet ‘Géopolitique’.

“En pleine guerre commerciale sino-américaine, tous les géants mondiaux de l’intelligence artificielle sont réunis à Shanghai. La Chine veut devenir le leader mondial d’un secteur aux fortes implications géopolitiques.

Savez-vous où se tient cette semaine le plus important rendez-vous mondial de l’intelligence artificielle ? Pas dans la Silicon Valley comme on pourrait le penser, mais à Shanghai, dans cette Chine qui a décidé de miser à fond sur les technologies du XXI° siècle.

Il y a quelques années encore, il était de bon ton, dans le monde occidental, de considérer la Chine comme bonne pour délocaliser les productions de masse à bas coût, mais pas pour innover. Il était évident, pourtant, qu’avec sa taille, son histoire et son ambition, la Chine ne se contenterait pas éternellement de jouer les seconds rôles.

Elle s’est depuis longtemps « réveillée », pour reprendre le mot de Napoléon, et est même devenue il y a quelques mois la première puissance mondiale en termes de publications scientifiques. En retard sur les technologies du XX° siècle, la Chine a choisi de faire du « leap-frogging », des « sauts de grenouille », c’est-à-dire qu’elle se concentre sur celles du XXI° siècle.

D’où son intérêt pour l’intelligence artificielle qui est, de toute évidence, le domaine-clé de la transformation de notre monde. Dans l’économie, la défense, la vie de la cité, elle occupe déjà une place qui ne fait que grandir.

Non seulement la Chine l’a compris, mais elle dispose d’un atout majeur : l’intelligence artificielle a un besoin massif de données pour être efficace, un peu comme l’industrie du siècle dernier avait recours au pétrole. Or la Chine, avec ses 800 millions d’internautes, et aucune politique de protection, a accès à plus de données que les Etats-Unis et l’Europe réunies.

Elle dispose aujourd’hui de ce trésor de « big data », des entreprises pour le traiter, et d’un financement public et privé sans limites. Et d’une volonté politique au sommet de cet Etat hyper-centralisé.

Tous les géants mondiaux du secteur ont répondu présent à cette Conférence mondiale qui se tient depuis lundi. Les dirigeants d’entreprises et les experts de 40 pays ont fait le voyage, c’est à noter, en pleine guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Or la technologie est au cœur de ce bras de fer sino-américain qui continue inexorablement son escalade.

Le Président chinois Xi Jinping s’est montré conciliant en appelant à la coopération du monde entier dans le domaine de l’intelligence artificielle. Et, de fait, les Américains Microsoft et Amazon ont annoncé cette semaine l’ouverture de centres de recherche en Chine, tandis que Google et Facebook rêvent de s’y implanter.

Mais l’intelligence artificielle est aussi un terrain d’intense rivalité géopolitique, susceptible de redéfinir les rapports de force. Et la Chine défend un modèle qui ne peut pas être universel, en développant le système de surveillance le plus intrusif au monde, basé sur la technologie.

Dans cette course, l’Europe a perdu pied, malgré ses talents et ses ressources. En présentant son rapport sur l’intelligence artificielle en mars dernier, le député et mathématicien français Cédric Villani déclarait que « L’Europe doit pouvoir rivaliser avec la Chine et les Etats-Unis, tout en protégeant ses citoyens et en montrant la voie sur les questions éthiques ».

Mais si nous n’y prenons pas garde, c’est à Shanghai plutôt qu’à Bruxelles que seront définies les normes du XXI° siècle.”

Thomas Calvi

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