Bob Emploi – La limite des données – Le succès de l’humain

Bob Emploi – La limite des données – Le succès de l’humain
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Mardi 25 septembre, un reportage était consacré à Paul Duan, fondateur de Bayes Impact sur France 2. Bayes impact est une association loi 1901 qui s’est fait particulièrement connaître en 2016 en lançant le site Bob Emploi. Il faut dire que le pari annoncé par Bob Emploi était ambitieux : Son fondateur envisageait de faire baisser le chômage de 10% grâce au Big Data.

L’espoir d’une résolution du problème du chômage par les données.

Paul Duan est un jeune geek qui a étudié à Sciences Po et en licence de Mathématiques. Il a gagné un concours lui permettant d’effectuer une année d’étude à Berkeley, où il s’est formé aux sciences des données.

Fort de ses nouvelles compétences, il a été recruté en tant que Datascientist par une société de billetterie en ligne. Mais au bout d’un an, il a décidé de rentrer en France pour lancer Bayes Impact, poussé par une quête de sens. L’idée était de mener des actions qui soient réellement utiles à la société. Le projet Bob Emploi est né l’année suivante.

L’idée de Bob Emploi est d’exploiter les différentes données récoltées par Pôle Emploi et d’autres organismes (INSEE, etc) et de les passer à la moulinette de la Data Science pour en récolter un accompagnement automatisé et personnalisé des demandeurs d’emplois.

Un emballement et une désillusion

L’idée a été accueillie à bras ouverts par les pouvoirs publics qui voyaient en ce jeune homme l’homme providentiel. S’ensuivent alors partenariat avec Pôle Emploi, annonces en grandes pompes, campagne médiatique.

Il était difficile de passer à côté de l’annonce du lancement de ce site sensé inverser les courbes du chômage.

Qu’on se le dise, l’annonce a été reçue de façon plus tranchée sur les réseaux sociaux, entre ceux qui voulaient y croire et s’attendaient à un coup de baguette magique et ceux, plus sceptiques qui se demandaient ce que ce jeune homme prétentieux pensait pouvoir apporter de neuf à l’enlisement que l’on connait.

Malheureusement, le succès du site a tardé à se faire sentir.  Les attentes placées dans les données étaient bien trop hautes : il a été nécessaire de se rendre à l’évidence. Le problème de l’emploi est un problème extrêmement complexe et dont la dimension centrale est la dimension humaine.

La dimension humaine

Dimension que l’équipe de Bayes Impact a donc tenté d’intégrer en s’appuyant sur l’expérience des conseillers pole emploi et des demandeurs d’emploi avec lesquels elle a collaboré.

Aujourd’hui, Bayes Impact annonce avoir accompagné 150 000 personnes vers le retour à l’emploi et obtenir un taux de satisfaction de 89% des utilisateurs de Bob Emploi.

Les journaux qui encensaient le projet sont cependant bien négatifs. Ils constatent sévèrement que l’application n’a pas “fait de miracles” ou soulignent que le service serait “tombé dans l’oubli”. N’importe quel data scientist aurait pourtant pu les alerter à l’époque sur le fait qu’ils mettaient la barre bien trop haut et enfermaient eux mêmes les porteurs de projet dans des objectifs inatteignables.

De notre côté, qu’importe si Bob Emploi ne remplit pas l’objectif annoncé. On peut reprocher à Paul Duan d’avoir pêché par orgueil, et alors ? Il est actuellement impossible pour un porteur de projet d’attirer l’attention des médias sans une phrase choc. On peut facilement imaginer que ce jeune homme porteur d’espoir se soit laissé dépasser par les proportions que prenait l’emballement autour de lui.

Ce qui importe, c’est son volontarisme, ses compétences et son désir de contribuer au service public. Nous sommes confiants dans le fait que les performances du service continueront de croître au fil des années.

Nous ne devons jamais perdre de vue que les data sciences ne sont pas une baguette magique. 

Cependant nous ne pouvons qu’espérer que les soutiens de Bayes Impact poursuivent leurs efforts et encouragent l’association à poursuivre son travail. Si les data sciences ne sont pas la clef de tout, elles sont l’un des éléments fondamentaux des réponses que nous tenterons d’apporter aux problèmes sociétaux dans les années à venir.

Pour résumer, nous ne pouvons qu’espérer qu’il y ait plus de Paul Duan et que les initiatives similaires se multiplient. Que l’on encourage les déclarations d’intention, les accueille d’un regard bienveillant mais sans chercher à broyer les fondateurs lorsqu’ils n’atteignent pas leurs objectifs. Si la France veut avoir ses startups à succès, elle doit apprendre à soutenir en toutes circonstances les porteurs de projets. Surtout lorsque leur rêve est d’améliorer la société.

Pour visionner le replay de l’émission infrarouge consacrée à Paul Duan et Bayes Impact rendez-vous sur : https://www.france.tv/france-2/infrarouge/721187-le-reve-de-paul-duan.html