En octobre 2020, Ai Weiwei, un artiste dissident chinois, était le premier invité par CIRCA à présenter une de ses œuvres sur le panneau d’affichage électronique géant de Piccadilly Circus à Londres. Depuis le 11 janvier dernier, on peut le retrouver sur Piccadilly Lights où il interpelle l'IA, notamment ChatGPT, et le grand public sur des sujets qu'il considère fondamentaux à l'instar de la liberté d'expression.
L’Institut Culturel des Arts Radicaux Contemporains (Cultural Institute of Radical Contemporary Arts – CIRCA) est une plateforme dédiée à la promotion et à la diffusion des formes d'art contemporain les plus avant-gardistes, visant à favoriser le dialogue et l'échange d'idées entre les artistes, les critiques, les universitaires et le public.
Lancé en pleine pandémie mondiale, en 2020, il a choisi les panneaux publicitaires de Piccadilly Circus, un lieu touristique fréquenté par plus de 100 millions de personnes chaque année, pour exposer les œuvres des artistes retenus. La 1ère année, elles étaient diffusées durant trois minutes à partir de 20h20, en 2024, année oblige, elles le sont à 20h24, heure locale, puisqu'on peut désormais les retrouver également sur des écrans à Tokyo, Times Square, Milan, Melbourne, Dublin et Séoul.
Le projet "Ai vs AI" de l'artiste Weiwei
Ai Weiwei est un artiste contemporain chinois renommé, connu pour ses œuvres provocatrices et critiques envers le régime de son pays. Né le 28 août 1957 à Pékin, il a été influencé par son père, Ai Qing, un poète et intellectuel renommé, dont les prises de position ont valu à la famille d'être exilée dans des zones rurales lors de la Révolution culturelle chinoise jusqu'en 1976, année de la mort de Mao Tse Toung. Ai Weiwei, utilise différents médias, comme la sculpture, l’architecture, la photographie, les films ou ls médias sociaux pour exprimer sa vision de l’art et de la société. S'il a critiqué l'absence du respect des droits humains et de liberté d’expression en Chine, c'est sous le motif d'évasion fiscale qu'il a été arrêté en 2011, et détenu pendant 81 jours avant d'être relâché sous caution. Dans le cadre de ce projet, l'artiste va poser 81 questions à l'IA en référence aux interrogatoires qu'il a subis durant ces jours d'emprisonnement, s'inspirant des questions céléstes (Tiānwèn), 172 questions posées aux dieux, écrites par le poète chinois Qu Yuan il y a près de 2 300 ans sur les murs d’un temple. L'artiste, qui a mis ces dernières années en lumière le rôle de l'humanité vis à vis du déplacement des réfugiés dans des camps ou du sort des migrants, l'envisage aujourd'hui dans le cadre des crises politiques et des nouvelles technologies, notamment de l'IA générative capable de copier le style d'un artiste, et invite le public à se poser les bonnes questions. Ai Weiwei explique :"À l’époque actuelle, si l’art existe, son essence réside dans le fait de s’efforcer de libérer potentiellement les individus des chaînes de la connaissance ou de l’esclavage de l’information. Il ne s’agit pas de liberté d’expression. Il s’agit de la liberté de questions. Tout le monde a le droit de poser des questions. Les questions sont importantes parce qu’elles se rapportent à nos histoires personnelles. Si les humains sont un jour libérés, ce sera parce que nous posons les bonnes questions, pas parce que nous fournissons les bonnes réponses".
L'artiste expérimente pour la 1ère fois l’intelligence artificielle en tant que forme d’art. Selon lui, notre époque est en butte à une surcharge d'informations, cette période est " riche en questions ; Jamais auparavant l’humanité n’a été aux prises avec un tel état de tumulte et de perplexité". On peut retrouver les questions posées ainsi que les réponses d'Ai Weiwei et de l'IA sur le site de CIRCA, le but final du projet est de dresser un portrait du monde d’aujourd’hui. Voici quelques exemples de ces questions/réponses :